TRAITÉ DES VARIATIONS
DU
SYSTÈME MUSCULAIRE
DE L’HOMME
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Leçons cliniques sur les fractures de jambe faites à l’Hôtel-Dieu de Paris, en 1875, par le professeur Richet, recueillies, rédigées et publiées par MM. L. Gar¬ nier et A. Le Double, internes des hôpitaux. ln-8“ de 68 pages. Paris, 1875.
Du kleisis génital et principalement de l’occlusion vaginale et vulvaire dans les fistules uro-génitales. (Th. inaug. récompensée par la Faculté de médecine de Paris ; médaille de hronze.) In-8° de 250 p. Paris, 1876.
Essai sur la pathogénie et le traitement des hémorrhagies de la paume de la main. In-8° de 110 p. Paris, 1876.
De l’épididymite blennorrhagique dans les cas de hernie inguinale, de varicocèle ou d’anomalies de l’appareü génital. (Ouvrage récompensé par l’Académie des sciences, prix Godard : 1 000 fr., et par la Faculté de médecine de Paris, prix Chatauvillard ; 2 000 fr.) In-8° de 252 p., avec 3 planches. Paris, 1879.
Des avantages de l’allaitement maternel pour la mère, pour l’enfant, pour la famille et pour la société. (Ouvrage récompensé par la Société nationale d’Encouragement au Bien ; médaille d’argent.) 10-8» de 39 p. Tours, 1880.
La médecine et la chirurgie dans les temps préhistoriques. In- 8° de 24 p. Tours, 1887.
La grotte des Fées, de Mettray, à l’époque de la pierre polie. (Reconstitution à l’exposition nationale de Tours, de 1892.) In-8” de 28 p., avec de nombreuses figures dans le texte. Tours, 1892.
Velpeau. ln-8° de 24 p. Tours, 1897.
Pour paraître prochainement :
RABELAIS ANATOMISTE ET PHV SIOLOGISTE
TRAITÉ DES VARIATIONS
141143
DU
SYSTÈME MUSCULAIRE
DE L’HOMME
DE LEUR SIGNIFICATION
AU POINT DE VUE DE L’ANTHROPOLOGIE ZOOLOGIQUE
• Le A.-F. le double
PROFESSEUR D’ANATOMIE A L’ÉCOLE DE MÉDECINE DE TOURS LAURÉAT DE l’INSTITDT
AVEC UNE PRÉFACE
m. E.-J. MAREY
Membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine. Professeur au Collège de France.
TOME SECOND
PARIS
LIBRAIRIE G. REINWALD
SCHLEICHER FRÈRES, ÉDITEURS
15, RUE DES SAINTS-PÈRES, 15
MUSCLES DU MEMBRE SUPÉRIEUR
MUSCLES DE L’ÉPAULE
DELTOÏDE
Variations de volume. — Le deltoïde est plus développé chez l’homme que chez la femme ; dans l’un et dans l’autre sexe il est plus marqué à droite qu’à gauche ; dans les professions qui exigent des mouvements répétés d’ahduction et d’élévation des bras (chez les boulangers par exemple), il a des dimensions plus considérables.
Diminution du nombre des chefs ou du nombre des faisceaux qui les composent. — Otto a signalé la disparition du chef claviculaire (Otto, Pathol, an.., 1830, p. 247), et M. Macalister celle du chef acro¬ mial (Macalister, Cat. cit., p. 71). Le professeur Testut a observé et j’ai observé également un cas où le faisceau claviculaire était réduit à l’état d’un ruban très grêle. W. Gruber a disséqué un deltoïde dont cette même portion offrait une perte de substance mesurant quatre pouces de longueur et de deux pouces de largeur.
Si tous les anatomistes sont d’accord sur la division du deltoïde en trois chefs, il n’en est plus de même en ce qui concerne le nombre des faisceaux dont est composé, par suite des prolongements celluleux interstitiels de la gaine aponévrotique, chacun de ces chefs. Ainsi pour le chef acromial, où la fasciculation est si apparente, ce nombre serait de 8 à 10, suivant Winslow; de 5, suivant Albinus ; de 18 à 20, sui¬ vant Cruveilhier.
2 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
En présence de la diversité des chiffres que j’ai notés, j’incline à croire qu’il y a là une question individuelle. Chaque chef peut, suivant les sujets, avoir moins de faisceaux comme il peut en avoir plus.
Anatomie comparée. — « Le chef acromial du deltoïde existe seul chez les Oiseaux, les Amphibiens et les Reptiles, » dit Lannegrâce L Cette assertion est discutable, du moins en ce qui conceime les Oiseaux. Dans son Essai sur l'appareil locomoteur des Oiseaux, publié quatre ans avant la thèse de Lannegrâce, Alix a fait mention dans les Tinamidés, les Craeidés, les Pigeons, etc., d’un deltoïde postérieur parfaitement différencié du muscle sous-épineux.
Dans la taupe la portion scapulaire paraît manquer (Meckel, Anat. comparée, t. VI, p. 237).
Multiplication au nombre des chefs. — Par suite de la scission de chacun des trois chefs principaux, le deltoïde peut être partagé en un plus grand nombre de corps. Sœmmerring et Macalister ont trouvé six ou sept segments presque séparés. Jenty dit avoir disséqué un deltoïde composé de dix-huit ou vingt muscles distincts (Jenty, Course of Anatomico-Physiological Lectures, vol. III, p. 232).
Anatomie comparée. — La subdivision du deltoïde en plusieurs ventres se retrouve même chez les Mammifères claviculés. Dans la marmotte, il y a quatre ventres, par suite de la division de la portion claviculaire et de l’indépendance des portions acromiale et spinale.
Indépendance des chefs. — L’anomalie du deltoïde qui me paraît la plus fréquente, celle qui est indiquée par le plus grand nombre d’anatomistes, et que j’ai rencontrée souvent, est celle qui consiste dans l’indépendance complète du chef claviculaire {M. delto-claviculaire) du reste du muscle. Alors le deltoïde est divisé en une partie postérieure plus grande, composée des deux chefs spinal et acromial unis comme d’habitude, et en une partie antérieure, plus petite, attachée plus en dedans de la clavicule que d’ordinaire. Le sillon celluleux qui sépare ces deux parties est quelquefois assez large. Une fois, Macalister a noté la séparation complète du chef postérieur ou spinal dû deltoïde {M. delto-spinal) du chef acromial {M. delto-acromial) (Macalister, Cat. eit., p. 18).
Lannegrâce. Loc. cit., p. 94.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
J’ai noté sept fois cet isolement du chef spinal du chef acromial ; cinq fois chez l’homme, trois fois des deux côtés, une fois à droite, une fois à gauche; deux fois chez la femme, une fois des deux côtés et une fois à droite, M. Chudzinski l’a également assez souvent constaté chez des sujets de races colorées h
Anatomie comparée. — La séparation du chef claviculaire du del¬ toïde du reste du muscle est commune à tous les Mammifères non clavicules, où ce chef est non seulement distinct du deltoïde, mais encore forme la partie inférieure du céphalo-huméi’al ou masto- huméraP. La réunion de la portion claviculaire deltoïdienne à la portion acromio-spinale marche en général de front avec le dévelop¬ pement plus parfait de la clavicule. Dans les Makis, où les trois chefs sont indépendants, le chef antérieur est uni étroitement au grand pec¬ toral.
La subdivision du deltoïde en trois chefs isolés ou presque isolés® se retrouve dans les Carnassiers, les Chéiroptères, notamment dans la roussette (Edwards), le murin (Maisonneuve), etc.
Les fibres postérieures du deltoïde des Pithéciens forment un corps charnu indépendant dans la plus grande partie de son trajet (Chudzinski).
Variations des insertions. — L’empreinte deltoïdienne, ordinaire¬ ment située au-dessous du tiers supérieur de l'humérus, est située quel¬ quefois plus haut ou plus bas. Il s’ensuit que le deltoïde varie aussi bien de longueur que de volume. Le professeur Testut a observé la dis¬ position suivante '' :
« Les faisceaux les plus internes de la portion claviculaire du
* Th. Chudzinski. Bulletins de la Société cV Anthropologie, t. VIII, III“ série, l" fascicuie, janvier 1885.
- Les insertions scapulo-ciavicuiaires du deitoïde correspondent exactement à ceiies du trapèze eties deux muscies, bien qu’indépendants dans i’espèce humaine, paraissent n’en constituer qu’un seui coupé par une intersection osseuse. L’anatomie comparée démontre en effet, que dans un grand nombre d’animaux ces deux muscies ont d’étroites connexions. Ainsi, pour ne parier que des chefs ciaviculaires du trapèze et du deitoïde dans ies Mam¬ mifères non claviculés, ie ciéido-mastoïdien ou ie ciéido-mastoïdien et ie cléido-occipitai se soudent à ia portion ciavicuiaire du trapèze et à celie du deitoïde détachée des portions scaputaires, pour former un muscie unique, ie céphalo-huméral ou masto-huméral, étendu du basi-occipitai à l’humérus. (Pour détails complémentaires voy. Le Double, art. Del- tdide du Dict. encycl. des sc. méd.)
’ Ils constituent dans le chat les muscles appelés par Strauss-Durckheim : M. dello- claviculaire, M. delto-acromial, M. delto-spinal .
' Testut. Traité des an. musc., p. 338.
4 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
deltoïde se dirigeaient, comme à l’état normal, en bas et en dehors vers le V deltoïdien ; mais avant d’atteindre cette empreinte rugueuse, où ils se terminent d’habitude, ils se jetaient sur un tendon arrondi et fort grêle, rappelant comme volume et comme aspect celui du petit palmaire. Ce tendon s’infléchissait et en dedans croisait le bord interne du biceps, le paquet vasculo-nerveux du bras et venait s’insérer sur la face antérieure de l’épitrochlée au-dessus des muscles épitrochléens. »
M. Testut a donné à ce faisceau placé en dedans de la veine cépha¬ lique et qui n’a par conséquent rien de commun avec le M. chondro- epitrochlearis de Wood (voyez ce muscle), le nom de faisceau cléido- épitrochléen.
Un de mes anciens prosecteurs, M. Hahusseau, a retrouvé en 1888 cette formation anormale, à droite et à gauche, chez une femme.
Anatomie comparée. — Le deltoïde est très puissant chez tous les Anthropoïdes. « Chez le gorille, il s’étale en avant et latéralement pour ne s’insérer que vers le milieu de l’humérus. Chez ce singe il se dis¬ tingue du brachial inteime, mais d’une manière peu nette. Chez le gibbon, il se prolonge à peu près autant que chez le gorille et il en est de même chez Vorang ; mais chez le chimpanzé il ne descend pas aussi bas (Hartmann). »
« Dans le fœtus de gorille, dit M. Deniker, le deltoïde présente la même disposition que chez le gorille adulte; son insertion humérale se trouve un peu plus haut que le milieu de l’humérus, à 21 millimètres au-dessus de l’extrémité inférieure de la trochlée. Ce muscle confond en partie ses fibres charnues avec celles du triceps ; son aponévrose est liée à celle du long supinateur C »
Quant au faisceau cléido-épitrochléen, le professeur Testut trouve son explication dans une disposition particulière du masto-huméral de la chèvre et du mouton. Dans ces deux Mammifères le masto-huméral se divise à son extrémité inférieure, d’après Lannegrâce, en deux branches entre lesquelles passe le biceps. L’une des branches, se fixe à l’humérus, l’autre à l’épitrochlée. « Restituons à la chèvre et au mouton leur clavicule atrophié, dit M. Testut, et nous aurons dans ce faisceau supplémentaire un véritable cléido-épitrochléen. »
Faisceaux surnuméraires. — On a trouvé un faisceau étendu du
Deniker. Recherches sur les Singes Anthropoides, p. 141.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
bord vertébral du scapûlum au sommet du deltoïde. Ce faisceau, qui peut se détacher d’un point quelconque du bord vei’tébral de l’omo¬ plate ou de l’aponévrose sous-épineuse dans le voisinage de ce bord et offrir plus ou moins de largeur et d’épaisseur, a été décrit par Gruber sous le nom de fasciculm infra-spinatiis deltoïdeus, et par Krause sous celui de basio-deltoîdeus. M. le D" Knott en a observé deux cas.
D’après ce dernier anatomiste et M. le professeur Krause, les faisceaux appelés costo-deltoïdeus, acromio-claviciilarislateralis, tensor fasciæ del- toïdeæ a fasciâ infra- spinatâ, tensor fasciæ deltoïdeæ a margine axillari scapnlæ, bien qu’ayant des insertions différentes, en dedans et en dehors, chez l’homme, ne seraient, d’après l’anatomie comparée, que des variétés du basio-deltoïdeiis.
Cette assertion me semble erronée en ce qui concerne le tensor fasciæ deltoïdeæ a fasciâ infra-spinatâ dans lequel il m’est impos¬ sible de voir autre chose qu’un lambeau du peaucier dorsal (voy. ce muscle).
Le costo-deltoïdeus provient du boi’d axillaire du scapulum et se jette en totalité dans le deltoïde ou en partie dans ce muscle et en partie sur l’aponévrose deltoïdienne sur laquelle il se prolonge sous forme de fibres tendineuses curvilignes jusqu’à l’acromion et l’extré¬ mité externe de la clavicule. Il peut se détacher : du bord axillaire au-dessous de l’épine, dans une étendue de 25 millimètres (Chudzinski, Revue d'anthropologie, 1874) ; entre le grand et le petit rond (Calori, Mem. délia Accad. delle Scienze deïï Instituto di Bologna, 2® série, vol. VI, p. 237); entre le sous-épineux et le petit l’ond (Henle, Albinus), entre le petit rond et l’angle inférieur du scapulum.
Décrit pour la première fois par Albinus dans son Historia musculo- rum\ ce faisceau a été signalé ensuite par MeckeP, Theile® et Calori, qui lui a donné le nom de M. costo-deltoïdeus.
Le costo-deltoïdeus est encore appelé M. tensor fasciæ deltoïdeæ a margine axillari scapulæ, et M. costo-acromio-clojoicularis . Qu’il soit rond ou aplati, charnu ou tendineux, grêle ou très prononcé, indivis ou divisé à son extrémité externe il est toujours distinct, à son origine, du bord postérieur du deltoïde. « Il tend, dit Calori, l’aponévrose del-
’ Albinus. Historia mascidorum hominis, p. 482.
® Meckel. Manuel d’anatomie, t. II, p. 150.
’ Theile. Encycl. anat., t. III, p. 208.
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
toïdienne et abaisse accessoirement la clavicule pendant le mouvement d’adduction du bras ' . »
Les bandelettes contractiles anormales naissant de l’aponévrose du sous-épineux et de la cloison qui sépare ce muscle du petit rond {fas- ciculiis infra-spinatus deltoïdeiis, de Gruber) ont été rencontrées par Macalister, Flesch, Beaunis et Bouchard, Meckel, Knott, Nicolas ^ etc.
h' acromio-cîavicularis lateralis va de l’extrémité acromiale de la clavicule au deltoïde.
J’ai vu seulement le basio-deltoïdeus et le costo-deltoïdeus qui sont d’ailleurs les faisceaux surnuméraires les plus communs.
Ce qui prouve bien, comme le pensent Krause et Knott, que les productions anormales précitées ne sont que les rudiments d’un même élément musculaire, c’est qu’elles peuvent coexister. C’était le cas chez un nègre dont M. Chudzinski a moulé le deltoïde®. Les insertions du faisceau deltoïdien surnuméraire se faisaient non seule¬ ment à l’aponévrose sous-épineuse, mais encore au hord axillaire de l’omoplate entre les points d’attache des muscles grand rond et petit rond.
Peut-être convient-il de rattacher aussi au hasio-delloïdeus le sca- pulo-humeralis digastricus de Gruber. C’est un petit faisceau composé de deux bandelettes charnues réunies par un tendon moyen, qui se fixe, d’une part à la racine de l’acromion et aux deuxtiei’S externes du bord inférieur de l’épine de l’omoplate, et, d’autre part, à l’humérus entre le deltoïde et le teicepsL
Quant au tensor scapidæ de Hyrtl qui se détache de la face inférieure de l’acromion et va se perdre sur la capsule de l’articulation de l’épaule, on peut le regarder, avec le savant professeur de . Vienne, comme un faisceau deltoïdien profond incomplètement développé qui s’est soudé à la capsule scapulo-humérale L
Theile a appelé second deltoïde profond un petit cordon musculaire qui se porte de l’humérus, en dehors de l’insertion du sous-scapulaire, sur la capsule de l’articulation de l’épaule. Ce n’est qu’une forme incomplète du court coraco-brachial (voy. ce muscle).
‘Calori. Memorie delVInstU. accad.di Bologna, 1868, série II, t. IV, p. 614.
'Nicolas cité par Prenant, in Contribution à la connaissance des anomalies musc., p. 9.
’ Chudzinski. Une anomalie du muscle deltoïde. Bulletins de la Société d' Anthropologie de Paris, t. VUI, IID série, 1" fasc., p. 10, janvier et février 1885.
* Gruber. Ein musc, scapulo-humeralis digastricus singularis [Virchow’s Arch., vol. XXXIL p.218).
' Hyrtl. Anatomia dell'uomo, trad. ital., p. 379.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
Anatomie comparée. — D’après Krause, le basio-cleltoïdien et ses variétés [costo-deltoïdien, etc.), représentent dans l’espèce humaine l'abducteur inférieur du bras des Vertébrés inférieurs (Krause, Anato¬ mie des Kaninchen, 1868). Ce qui est sûr, c’est qu’il se retrouve, ainsi que tous les autres faisceaux surnuméraires du deltoïde, que nous avons énumérés, dans des animaux les plus haut placés dans l’échelle zoologique.
Dans le chimpanzé et Vorang, le deltoïde est remarquable par la manière dont son faisceau postérieur (deltoïde spinal) recouvre toute la fosse sous-épineuse, prenant à la fois des insertions et sur l’apo¬ névrose sous-jacente et sur le boi’d vertébral du scapulum. Le faisceau postérieur du deltoïde du gorille constitue un muscle indépendant dont les insertions se font non seulement à l’aponévrose sous-épineuse, mais encore au bord axillaire de l’omoplate entre les insertions des muscles grand et petit rond.
La portion spinale ou sous-épineuse du deltoïde des Chéiroptères constitue un muscle parfaitement distinct superposé au sous-épineux, de sorte que l’on dirait qu’il existe deux muscles de ce nom, l’un superficiel, l’autre profond.
Meckel confond cette couche musculaire avec le sous-épineux, dont elle est cependant séparée par une lame cellulo-fibreuse. Humphry la considère comme le petit rond ; mais le professeur Macalister a cons¬ taté dans un grand nombre d’espèces l’existence simultanée de cette portion spéciale et du petit rond. Notre éminent ami croit, et nous partageons son avis, que le muscle en question doit être considéré comme faisant partie du deltoïde. En effet, les fibres de cette portion se continuent dans certaines espèces, par exemple le Rinolophus dia- dema et le murin, directement avec la portion acromiale du deltoïde.
Chez les Quadrupèdes non clavicidés la portion scapulaire du deltoïde dénommée en anatomie vétérinaire M. long abducteur du bras se ter¬ mine sur la crête externe de l’humérus au-dessus du masto-huméral (deltoïde claviculaire) . Au niveau de cette insertion inférieure l’humérus des Solipèdes offre une tubérosité dont le volume rappelle celui du 3'' trochanter du fémur*. De plus dans cet ordre, ainsi que dans le lapin et les autres Mammifères dépourvus d'acromion, le deltoïde spinal « peut à son tour se bifurquer supérieurement et lancer une branche sur l’angle dorsal du scapulum « (Lesbre).
’ On sait que le 3* trochanter du fémur se retrouve assez souvent dans l’espèce humaine.
8 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Le professeur Testutavu, en 1880, sur un cerco^oithèque, quelques- unes des fibres profondes de la portion acromiale du deltoïde s’arrêter sur la capsule de l’articulation de l’épaule, à l’égard de laquelle elles jouaient le rôle de muscle tenseur.
Connexions plus intimes avec les muscles voisins.
A) . Avec le grand pectoral (voy. ce muscle).
B) . k\&Q, le trapèze (voy. ce muscle).
C) . Avec le sous-épineux. Le deltoïde est parfois relié par des trous¬ seaux de fibres détachés de sa face externe ou de son bord postérieur, au tendon d’insertion à l’humérus du muscle sous-épineux. Cette ano¬ malie a été observée 1 fois par Meckel, 1 fois par Theile, 2 fois par Knott et 2 fois par moi (1 fois des deux côtés sur un homme, 1 fois à droite seulement sur une fillette). Chez les Cétacés, le chameau (Meckel) et le 'perroquet (Alix), le deltoïde et le sous-épineux sont confondus.
Z)). Avec le grand dorsal. Cette malformation a été observée en 1894 par mon prosecteur M. André. Voici la note qu’il m’a remise à ce sujet :
H..., cinquante ans, manouvrier. Des deux côtés le faisceau du grand dorsal naissant de l’angle inférieur de l’omoplate détache, au niveau de cet angle, un cordon musculeux qui se porte en haut vers le bord pos¬ térieur deltoïde auquel il est uni par un tendon très grêle. Ce cordon est plus prononcé à droite qu’à gauche où il est difficile de le séparer du muscle sous-épineux.
Ce faisceau dorso-deltoïdien n’a pas été décrit, je crois, avant moi. Quoi qu’il en soit, il est aussi facile à expliquer que les pi’écédents. Nous avons dit plus haut que dans les Anthropoïdes, les Chéiroptères, etc., le deltoïde se prolongeait jusqu’au hord spinal de l’omoplate et que dans Yo.'à' Cétacés, le chameau, etc., il était confondu avec le sous- épineux. « Cette portion sous-épineuse de deltoïde rétablit, dit ,M. Sabatier, la continuité de la couche formée par le grand dorsal et le deltoïde, couche interrompue chez l’homme par la présence de l’aponévrose sous-épineuse. Chez les Sauriens, chez les Crocodiliens, la couche grand dorsal, grand rond et deltoïde est continue ou presque continue *. »
E). Avec le brachial antérieur. Sur un monstre Haller a trouvé l’extrémité inférieure du deltoïde confondue avec le brachial anté¬ rieur (Haller, Op. anat. arqument, vol. IH, Lausanne, 1768, p. 25).
* Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880, p. 228.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
Dans des sujets bien conformés les professeurs Macalister et Testut ont remarqué un échange de quelques fibres entre ces deux muscles. Cette anomalie n’est pas très rare. Mes élèves et moi l’avons observée 7 fois en dix ans (1884-1894) : 3 fois chez l’homme, 1 fois des deux côtés et 2 fois à gauche ; 4 fois chez la femme, 2 fois des deux côtés, 1 fois à droite et 1 fois à gauche. Sur un nègre, M. Chudzinski a vu un pro¬ longement musculaire du deltoïde se fixer à la cloison intermuscu¬ laire externe du bras. L’Angolaise que j’ai disséquée m’a présenté une disposition similaire.
Dans le chimpanzé de Humphry, le deltoïde se continuait avec le triceps et le brachial antérieur. Par contre, dans les chimpanzés de Macalister, Champneys, Alix et Gratiolet, etc., le muscle du moignon de l’épaule ne différait pas sensiblement de celui de l’homme. Mais la continuité des fibres du deltoïde, du triceps et du brachial antérieur qui constitue un état anormal chez l’homme et le chimpanzé^ est un état normal chez le gorille (Deniker et Duvernoy). Dans cet anthro¬ poïde, l’aponévrose du deltoïde est même liée à celle du long supina¬ teur h (Pour de plus de détails voy. M. brachial- antérieur )
F). Avec le long supinateur. Une réversion très curieuse observée par le professeur Macalister est la suivante : le chef moyen du deltoïde ne prenait aucune insertion à l’os du bras et se perdait en totalité dans l’extrémité supérieure du long supinateur, de manière qu’une chaîne musculaire non interrompue existait, en dehors, entre l’aci’o- mion et l’extrémité inférieure du radius Des cas d’union partielle du long supinateur et du deltoïde ont été décrits par les professeurs Gruber et Macalister.
Pour Humphry, le deltoïde est au membre thoracique l’homologue du couturier et du fascia lata du membre pelvien. « Et de même que dans les Vertébrés le couturier et le fascia lata peuvent s’insérer, en bas, sur l’un ou l’autre des deux segments du membre pelvien, le del¬ toïde ou un de ses faisceaux.(oî’yc^ero;oe) peuvent se prolonger jusqu’au radius bien que d’ordinaire ils s’arrêtent à l’bumérus^. » Une portion du deltoïde s’attache tout à fait au bas de l’humérus dans Y agouti, à l’aponévrose brachiale dans la marte, à l’extrémité inférieure de la courte portion du biceps dans les Paresseux, à l’épicondyle dans le
' Duvernoy. Loc. cit. suprà, p. 81.
-Macalister. Trans.ofthe.Roy. IrîshAcad., vol. XXV, 1871.
^ Voy. M. couturier.
10 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
fourmilier, sur le cubitus en avant dn muscle brachial interne dans la marmoUe (Meckel), à l’épicondyle et an métacarpe dans les Oiseaux, etc. Suivant Macalister, la bandelette musculaire trouvée par lui, entre l’acromion et l’apophyse styloïde chez un homme, serait l’homologue du lensor plicæ alaris des Oiseaux.
La tendance qu’a le deltoïde à s’éloipier de l’épaule est déjà indi¬ quée dans le gorille par la liaison qui existe entre l’aponévrose du muscle qui recouvre le moignon de l’épaule et celle du long supina- tenr. Chez le fœtus de gibbon, le long supinatenr est « réuni encore au deltoïde par une aponévrose commune » (Deniker).
SUS-ÉPINEUX
Le sus-épinenx varie peu. Les quelques malformations de ce muscle que j’ai relevées dans les auteurs ou que j’ai observées sont les sui¬ vantes :
1° La fusion de son tendon avec celui du sous-épineux (Cruveilhier, 2 cas personnels) ;
2“ L’insertion sur son tendon du tendon du petit pectoral (Macalis¬ ter, 1 cas personnel) ;
3° Le renforcement de son corps charnu par un faisceau détaché du ligament acromio-coracoïdien ou du grand pectoral (Macalister) ;
4“ La division de son corps charnu en deux ventres abontissant à un tendon commnn (1 cas personnel) ;
5° Une augmentation ou une diminntion de volume de son corps charnu ;
6° Son insertion snr une lamelle tendineuse qui naissait an-dessons du grand pectoral (Souligonx .
Anatomie comparée. — Le sus-épinenx des Anthropoïdes ne diffère pas sensiblement de celui de l’homme. Chez un chimpanzé disséqué par Hepburn, une portion considérable du tendon du petit pectoral se portait pourtant, par exception, sur le tendon du sous-épineuxL Au dire de Humphry, le sous-épineux et le petit pectoral sont les pro-
' Souligoux. Bullet. de la Soc. anat., 1895, p. 660.
-Hepburn. On the comparative anatomy of the muscles and nerves oî Anthropdid apes, Journ. of an. andphys., vol. XXVI, nev' sériés, vol. VI, part. II, january 1892, p. 155.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
duits de la segmentation du muscle frécoraco-lmméral^ des Vertébrés inférieurs *. Les relations du sus-épineux et du sous-épineux trouvent peut-être leur raison d’être dans ce fait qu’ils « ne sont qu’un seul et même muscle, dont un des nombreux interstices cellulaires est occupé dans une étendue variable par une lamelle osseuse, l’épine scapulaire qui ne se développe que tard, comme un plissement de la surface externe du scapulum cartilagineux et sans point d’ossification spécial » (Sabatier).
Ce qui n’est pas douteux c’est que, dans les Mammifères, il y a un rapport direct entre le développement du trochiter huméral et celui du sous-épineux. Chez les Quadrupèdes et principalement chez \e,porc et le lapin, où cette tubérosité est énoi'me, le sus-épineux est plus volumineux que le sous-épineux. Chez le lapin même, le sus-épineux se divise en deux couches superposées attachées au trochiter par un tendon fibro-cartilagineux unique. Chez les Solipèdes elles Ruminants, il a deux tendons trochitériens dont l'un enlace le tendon glénoïdien du biceps huméral.
SOUS-ÉPINEUX
■Variations dans l’étendue des insertions à la fosse sous-épineuse. — Le sous-épineux est tantôt plus étroit, tantôt plus large. Dans un cas de Leboucq où les os de l’épaule offraient les stigmates d’une maladie chronique, il était considéi’ablement réduit et se fixait sur la capsule de l’épaule ainsi que le sus-épineux et le sous-scapulaire h La bourse séreuse sous-épineuse est moins commune que le prétend Hagen®.
Anatomie comparée. — Le sous-épineux est énorme dans la taupe et très restreint dans la marmotte. Entre ces deux modes de conforma¬ tion extrême il y a une série de types intermédiaires.
Division en plusieurs faisceaux. — ^I. Knott a donné le nom de m. infra-spinalus minor à un corps charnu formé par la différenciation plus ou moins complète de quelques-uns des faisceaux supérieurs du sous-épineux.
MM. Macalisteret Wood ont vu chacun un petit muscle qui se déta-
‘ Humphry. Observ. in Myology, p. 157.
■Leboucq. Bullet. delà Société de médecine de Gand, 1873, p. 106.
’ Le Double. Art. Sous-épineux du Dict. encycl. des sc. méd.
12 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
chait du bord vertébral du scapulum, croisait la face superficielle du sous-épineux bien conformé et venait se terminer sur la grosse tubé¬ rosité de l’humérus.
En janvier 1893, mon prosecteur M. Jacques Thomas a disséqué et moulé un sus-épineux superficiel.
« Ce sus-épineux superficiel était constitué par un faisceau triangu¬ laire s’attachant dans les deux tiers internes de la face inférieure de l’épine de l’omoplate ; il partageait en dehors les insertions du muscle sous-épineux dont l’aponévrose se dédoublait pour lui fournir une gaine complète. 11 existait des deux côtés, mais était plus prononcé à gauche qu’à droite. »
Anatomie comparée. — Le sous-épineux du murin est divisé en deux portions par une mince lame fibreuse dont chacune des faces donne attache à des fibres musculaires. Un faisceau détaché du sous-épineux du porc se porte dans la fosse sus-épineuse où il se fixe en avant de l’épine scapulaire qui est fortement renversée en arrière. Chez les Solipèdes où la convexité du trochiter prédomine notablement sur la marge de la tête articulaire, on trouve au-dessous du sous-épineux un petit muscle attaché, d’une part sur le revers de ladite tubérosité, d’autre part, en bas de la fosse sous-épineuse. C’est petite portion de V épineux postérieur des hippotomistes allemands, Y abducteur trochi- térien du professeur Lesbre. S’il était démontré qu’il est uni, en dehors par quelques fibres au deltoïde, on pourrait, à la rigueur, le considérer comme l’homologue du costo-deltoïdeus.
Connexions avec les muscles voisins. — A). Avec le deltoïde (voy. ce muscle).
B). Avec le petit rond. — La cloison fibreuse séparant le sous-épineux du petit rond peut être plus ou moins prononcée. J’ai présenté, le 3 dé¬ cembre 1896, à la Société d’ Anthropologie de Paris, l’omoplate droite d’un aliéné disséqué par un de mes élèves, M. Mahoudeau, où elle était remplacée par une crête osseuse*.
La cloison qui sépare le sous-épineux du petit rond et du grand rond est, suivant les espèces, réduite à quelques filaments celluleux inappréciables ou formée par une lame aponévrotique ou une crête osseuse. D’après Broca, une crête saillante, presque aussi saillante que l’épine de l’omoplate, se trouve à l’état normal chez divers ani-
' Le Double. Bullet. de la Soc. d'anthrop. de Paris, 1896.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
13
maux, notamment dans Vours^. Meckel avance que chez \Q?,FourmiHe7's, et en particulier chez le tamanoir et Vunau, il existe une seconde épine très forte dans la face postérieure du scapulum.
PETIT ROND
Absence. — L’absence du petit rond a été signalée par Petit ’’ et Knott. Pour affirmer la réalité de l’absence d’un muscle il faut avoir constaté que ses surfaces articulaires sont libres de toute insertion charnue ou tendineuse. Or dans chacune des observations d’absence du petit rond de Petit et de Knott, il n’est pas fait mention de l’état de la facette rétro-scapulaire ni de l’état de la facette inférieure du trochiter auxquelles s’attache en majeure partie le petit rond. Il est donc per¬ mis de supposer, sans trop s’avancer, que les cas d’absence du petit rond observés par Petit et Knott ne sont que des cas de fusion de ce muscle et du sous-épineux. D’autant mieux que le petit rond et le sous- épineux sont assez souvent partiellement ou entièrement confondus. M. G. Schwalbe et W. Plitzner ont publié une statistique très probante à cet égard®. Dans les trois séries dé sujets qu’ils ont examinés, la dis¬ position était la suivante ;
Série I. Dans 160 sujets . . . chez 21, soit chez 13,1 chez 16, soit chez 10
— II. — 189 — . . . — 24 — 12.7 — 31 — 16,4
— III. — 162 — ... — 16 — 9,9 — 19 — 11,7
OU en additionnant les séries :
Série I-t-II. Dans 349 sujets . . . chez 45, soit chez 12,9 chez 47, soit chez 13,5.
— I+II-PIII. _ bll — ... — 61 — 11,9 — 66 — 12,9.
Et tenant compte des sexes :
Dans 341 hommes. . chez 39, soit chez 14 chez 44, soit chez 12,9
Dans 190 femmes . . — 22 — 12,9 — 22 — 12,9
’ Les professeurs Testut et Shepherd ne font pas mention de cette disposition dans l'Ours brun d’Amérique.
— Petit. Mémoires de l’Académie royale des Sciences. Paris, 1733.
’G. Schwalbe et W. Pfitzner. Varietœten sta;tistik und anthropologie. Drille Mittheilung,, p. 465.
14 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Enfin sur 223 cadavres examinés des deux côtés, le petit rond était bien séparé à droite et à gauche du sous-épineux chez 148 (102 hommes et 46 femmes), mal séparé ou pas séparé, à droite et à gauche, du sous-épineux chez 28 (19 hommes et 9 femmes) ; bien séparé à droite du sous-épineux chez 24 (lo hommes et 9 femmes) et bien séparé à gauche du sous-épineux chez 23 (13 hommes et 10 femmes).
Anatomie compaeée. — M. Maisonneuve n’a pas trouvé trace du petit rond dans le Vesperlilio murinus ; selon Macalister, ce muscle existe néanmoins dans certains genres de Chéiroptères. 11 manque comme muscle propre dans les Cétacés, les Rongeurs, les Marsupiaux, chez la plupart des Carnassiers, dans les Makis (Meckel), les Cercopithèques (Testut), etc.
Variations des insertions. — Le muscle petit rond qui se fixe d’or¬ dinaire aux deux tiers supérieurs du rebord de la fosse sous-épi- neuse se fixe quelquefois seulement à la moitié supérieure de ce rebord (Morel et Mathias Duval).
« 11 n’est pas rare, dit Ci’uveilhier, de voir les fibres charnues infé¬ rieures naître de la face postérieure du tendon du triceps. Pour ma part, j’ai vu sur une série d’omoplates sa facette d’insertion située plus ou moins bas. »
Anatomie comparée. — D’après Champneys, « le petit rond du chim¬ panzé s’attache au tiers moyen du bord axillaire de l’omoplate au lieu de s’attacher, comme chez l’homme, aux deux tiers supérieurs de ce bord et à la partie adjacente du scapulum ». Hepburn croit cependant que ce n’est pas là le mode de conformation habituel. Dans les Anthropoïdes qu’il a disséqués, le muscle dont il s’agit, qui ne se pro¬ longeait pas, au-dessous de la cavité glénoïde, au delà d’un pouce, dans le gibbon, occupait le tiers supérieur du bord axillaire du scapu¬ lum dans le gorille, la moitié supérieure de ce bord dans Yorang, les deux tiers supérieurs dans le chimpanzé ‘ . Dans le mémoire de Duver- noy sur les Gh'ands singes pseudo-anthropomorphes, on peut lire que dans le Gorilla gina « le petit rond ne descend qu’à la moitié du bord costal de l’omoplate » . A l’inverse de celui de l’homme le petit rond de nos Animaux domestiques est aponévrotique à son extrémité interne
Hepburn. Loc. cil. supra, p. 156.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
IS
découpée en languettes tendineuses qui s’insinuent sous le sous-épi¬ neux pour s’attacher au bord postérieur du scapuluni et de la fosse sous-épineuse et charnu à son extrémité externe insérée sur l’humérus au-dessous du trochiter.
Division en deux faisceaux. — Dans les Anthropoïdes ainsi que chez l’homme, l’insertion humérale du petit rond est en partie épiphysaire et en partie diaphysaire. L’insertion épiphysaire se fait au tubercule postérieur du trochiter, l’insertion diaphysaire se fait par un prolon¬ gement qui descend au-dessous de cette tubérosité. A l’état normal les faisceaux diaphysaires et épiphysaires sont confondus; à l’état anormal les faisceaux diaphysaires sont plus ou moins différenciés des fais¬ ceaux épiphysaires et forment un muscle particulier, que W. Gruber a décrit en 1865 sous le nom de M. teres minimiis^. En 1881, ce muscle a été signalé à nouveau, et presque en même temps, par MM. Knott et Testât. J’en ai rencontré des spécimens très variés.
Anatomie comparée. — Les hippotomistes allemands appellent petit scapulo-trochitérien « un faisceau profond du petit rond qui s’insère directement en haut sur un petit tubercule que porte en dehors le sourcil de la cavité cotyloïde, mais qui est confondu en bas avec le reste du muscle - ».
GRAND ROND
Absence. — Le défaut de présence du grand rond a été constaté par le professeur Macalister (Macalister, Journ. of anat. and phys., vol. I, p. 316).
Variations de volume. — M. le professeur Testut a vu le grand rond, « triplé de volume, s’insérer sur le bord axillaire dans une étendue de 6 centimètres, sur le bord spinal dans une étendue de 3 centi¬ mètres, et sur l’aponévrose sous-épineuse, comprise entre ces deux bords jusqu’à 8 centimètres de l’angle ». J’ai observé un cas ana¬ logue. Cruveilhier a avancé « que, sous le rapport de ses usages
* Gruber. Ein musc, teres minimus, Reichert u. Du Bois-Reymond's Arch., 1876, p. 523.
* Lesbre. toc. cit., p. 104.
16 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
aussi bien que sous le rapport de sa disposition anatomique, le grand rond doit être considéré comme l’accessoire du grand dorsal ». Cette proposition est exacte. Quand le grand rond augmente de volume, le grand dorsal est relativement petit et vice versa.
Anatomie comparée. — Dans la girafe le sous-scapulaire et le grand rond ont très peu d’épaisseur (Lavocat). « Le grand rond àu. foetus de gorille est remarquable par ses dimensions, dit M. Deniker*; il occupe les trois quarts du bord antéi’ieur de l’omoplate, c’est-à-dire un espace beaucoup plus grand que l’espace correspondant chez l’homme (de 1/4 à 1/3 de la longueur totale), quoique moindre que chez le gorille (la totalité du bord antérieur d’après Duvernoy). »
Dans les chimpanzés de Champneys, d’Alix et Gratiolet, le grand rond était beaucoup plus large et plus fort que celui de l’homme. Dans le gibbon de Hepburn, il était également très prononcé, tandis que, dans Vorang et le gorille du même anatomiste, il n’occupait que le tiers inférieur du bord axillaire de l’omoplate.
Connexions plus intimes avec les muscles voisins.
A) . Avec le grand dorsal (voy. ce muscle).
B) . Avec le rhomboïde (voy. ce muscle).
C) . Avec le triceps et l’aponévrose brachiale.
J’ai trouvé, après MM. Macalister et Testut, un faisceau musculaire assez volumineux étendu du bord supérieur du grand rond à la longue portion du triceps. Blandin a disséqué une bandelette musculaire allant du grand rond à l’aponévrose brachiale. Pour Blandin, cette bandelette représenterait « au bras un muscle analogue au fascia lata de la cuisse ».
Il n’en est rien. Elle se détache du grand rond qui s’insère au bord axillaire de l’omoplate qui a pour homologue au bassin la grande échancrure sciatique (Sabatier). Pour moi, elle n’est qu’une variété du faisceau étendu entre le grand rond et le triceps que Duvernoy a signalé chez le chimpanzé.
« Le grand rond a dans le chimpanzé, Aii Duvernoy, une liaison remarquable avec le triceps par un faisceau considérable qui va joindre la partie moyenne de la portion interne de ce dernier muscle »
* Deniker. Loc. oit. supra, 141,
^ Duvernoy. Méinoire sur Vanatomie comparée des Grands singes pseudo-anthropomor¬ phes, cit. p. 32.
MUSCLES DE L’ÉPAULE
17
Cette formation n’existant pas dans les chimpanzés de Champneys, de Hepburn, etc., elle est donc vraisemblablement anormale chez le chimpanzé comme chez l’homme. En fait, le grand rond descend d’au¬ tant plus bas sur l’humérus que l’épaule est plus oblique et le bras plus appliqué sur le thorax : ainsi chez l’homme, les Singes, le porc, les Carnivores il s’attache à la lèvre interne de la coulisse bicipitale, au-dessous du trochin et chez les grands Quadrupèdes vers le milieu de l’humérus.
SOUS-SCAPULAIRE
Division en plusieurs faisceaux. — Le sous-scapulaire peut être divisé en un plus ou moins grand nombre de bandelettes distinctes ; la division en deux est la plus fréquente.
Anatomie comparée. — A la page 7 de l’importante monographie que Pouchet a consacrée au Myrmecophaga jubata, on peut lire la phrase suivante : « L’insertion du sous-scapulaire se fait par un puis¬ sant tendon perforé, ou plutôt divisé en deux parties entre lesquelles glisse le tendon de la courte portion du biceps L» M. Galton a fait mention d’une disposition semblable chez le Macropus tamandua^.
Connexions plus intimes avec les muscles voisins. — M. Macalister a décrit une lamelle musculaire qui rattachait le sous-scapulaire au grand pectoral. Assez souvent les fibres les plus inférieures du sous-scapu¬ laire se perdent dans la courte portion du biceps (Cruveilhier). Gruber a donné le nom de tensor fasciæ et cutis foveæ axillaris à un faisceau musculaire sous-cutané qu’il a disséqué dans le creux de l’aisselle et qui était fixé, d’une part, au bord inférieur du tendon du sous-scapu¬ laire et, d’autre part, à l’aponévrose et à la peau de la base de l’aisselle.
Knott a retrouvé ce faisceau qu’on a considéré comme une variété du coi’aco-brachial. C’est tout simplement l’homologue du dermo- humérien des animaux (voy. M. peaucier). Au niveau de l’angle" supé¬ rieur et du bord spinal de l’omoplate, MM. Terrillon et Gaujot-ont décrit une bourse séreuse. Pour MM. Terrillon et Gaujot, cette bourse séreuse serait constante. (Gaujot, Bourse séreuse crépitante sous-
* Dans cette monographie un très hon dessin accompagne le texte (pi. II, fîg. 4).
* Galton. On the Dasypus seæcinctus, cit. p. 535.
18 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
scapulaire in Bulletin de la Société de chirurgie, 1873, p. 342 ; Ter- rillon, sur le frottement sous-scapulaire et le développement d’une bourse séreuse accidentelle sous l’omopJate in Arch. de médecine, octobre 1874 et juillet 1877.) Je l’ai vue manquer plusieurs fois.
Sous-scapulaire accessoire. — Le sous-scapulaire accessoire est un petit muscle qui naît le plus habituellement de la partie supérieure du bord axillaire de l’omoplate, en avant de la longue portion du triceps et de la capsule scapulo-humérale, et qui s’attache en dehors à l’hu¬ mérus, près de la lèvre postérieure de la coulisse bicipitale, immédia¬ tement au-dessous de la petite tubérosité humérale, entre le sous-sca- pulaire et les tendons du grand dorsal et du grand rond.
Parfois quelques-unes de ses fibres ou l’ensemble de ses fibres se perdent sur la capsule de l’épaule. Le sous-scapulaire accessoire est ordinairement mal différencié, en dedans ; on cite même plusieurs cas dans lesquels il se détachait de la face profonde du sous-scapulaire.
Ce muscle a été décrit pour la première fois d’une manière complète, en 1834, par le professeur W. Gruber [Ahhandl. des aus merschl und vergl. Anat., 1834, p. 109, Saint-Pétersbourg). En 1866, le pro¬ fesseur Macalister, qui n’avait pas eu connaissance des recherches de W. Gruber, le signala à nouveau.
Antérieurement Cruveilhier [An. descript., p. 133) et Blandin [Élém. d’ anat. descript., Ÿdjris, 1838, p. 438) avaient noté l’existence de cette lame musculeuse, mais sans en préciser la signification.
Aujourd’hui le sous-scapulaire accessoire est bien connu. 11 a été observé par Henle, Wood, Haughton, Knott, Kôlliker, Bardeleben,. Krause, Walsham, Testut, etc.
11 est appelé subscapsidaris minor et subscapulo-capsidaris par W. Gruber, subscapido-humeralis subscapidaris secundus par Maca¬ lister, infraspinalus secundus par Haughton, axillary slip of the sub- scapidaris par 'SRalû\Km., petit sous-scaptdaire ou sous-scapulaire acces¬ soire par les anatomistes français.
Ces diverses dénominations tiennent à ce que le petit sous-scapu- laire peut s’attacher, exclusivement en dehors, je le répète, sur l’hu¬ mérus seul [M. sous-scapido humérai) sur la capsule de l’épaule seule [M. sous-scapulo capsidairé) ou à la fois sur l’humérus et la capsule de l’épaule. De ces trois formes du muscle en question la première est la plus commune, la dernière, la plus rare.
Le sous-scapulaire a, comme le petit rond, des insertions diaphysaires
MUSCLES DE L’ÉPAULE
et des insertions épiphysaii’es. Pour Cruveilhier, Knott, le sous-scapu- laire accessoire serait le produit de la dissociation plus ou moins complète des fibres diaphysaires du sous-scapulaire. Avec divers anthropotomistes j’ai cru longtemps le contraire. Mes articles sous- scapulaire et sous-scapulaire accessoire du Dictionnaire de Dechambre, sont l’expression de mon ancienne opinion. Depuis 1881, les nombreux muscles sous-scapulaires accessoires incomplètement différenciés que j’ai rencontrés m’ont fourni surabondamment la preuve qu’ils dépendent bien du sous-scapulaire. D’autre part, M. Macalister a démontré que les muscles grand dorsal, grand rond et sous-scapu¬ laire ne forment à l’épaule, jusqu’à la neuvième semaine de la vie intra-utérine de l’embryon humain, qu’une seule lame contractile dont la portion inférieure du feuillet correspondant au sous-scapulaire différencié ultérieurement, s’isole parfois pour constituer un subsca- pularis secundus'^. C’est pourquoi je me suis abstenu de dresser une statistique du degré de fréquence d’apparition, chez l’homme, du muscle surméraire dont il s’agit. Je tiens donc pour peu valables la statistique de Krause qui a trouvé ce muscle o fois sur 3.^ sujets ; celle de Knott qui l’a trouvé 3 fois sur 39, et Testut, 3 fois sur 18. Une statistique de ce genre pour être à l’abri de tout reproche devrait ne comprendi’e que les faisceaux diaphysaires du sous-scapulaire nettement différenciés.
Anatomie comparée. — Le sous-scapulaire accessoire se rencontre normalement chez divers Vertébrés d’un ordre supérieur. Il a été retrouvé par M. Haughton dans le Macacus radiatus et quelques Singes voisins et par M. Macalister, dans le cheval, le phoque et plusieurs autres Mammifères. « Quelques faisceaux charnus de la partie infé¬ rieure du sous-scapulaire des animaux prennent insertion directe, dit M. Lesbre, sur l’humérus en longeant le tendon. Dans les Ruminants, le porc et les Carnivores, celui-ci se trouve inclus comme dans une gouttière charnue, disposition qui rappelle d’une manière frappante le mode de terminaison du psoas iliaque au trochantin. Le sous-scapu¬ laire n’est-il pas, en effet, homotype du psoas trochantérien, c’est-à- dire du grand et de l’iliaque ? Chez l’homme lui-même on a constaté maintes fois une dissociation du sous-scapulaire donnant naissance à un sous-scapulaire accessoire ou petit sous-scapulaire- ». J’ai noté
' Macalister. Congrès des Sciences anthropologiques de Londres.
- Lesbre. Loe. cit., p. 104.
20 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
précédemment pour quelles raisons il convenait de séparer l’iliaque du grand psoas (voy. M. de la fosse lombo-iliaque).
MUSCLES SURNUMÉRAIRES
Je ne parlerai ici que du tenseur de la capsule de l'épaule, les autres muscles surnuméraires de l’épaule appelés AT. coraco-capsularis ; capsularis-humero-scapularis ; depressor tendinis subscapularis majoris seu retinaculum musculare subscapularis majoris; capsularis-humero- scapularis superior; levator tendinis musculi latissimi dorsi n’étant que des coraco-brachiaux supérieurs incomplets et celui appelé gléno-bra- chialis qu’un faisceau du biceps huméral. (Voy. M. coraco-brachial supérieur et M. biceps huméral.)
Tenseur de la capsule de l’épaule.
Le tenseur de la capsule de l’épaule s’attache en dedans à la partie supérieure de la poignée du sternum (manubrium) et au cartilage de la première côte, et en dehors à la face externe de la capsule de l’épaule. D’abord situé entre le grand et le petit pectoral, il croise ce dernier muscle tout près de l’apophyse coracoïde.
Le tenseur de la capsule de l’épaule a été indiqué d’abord par Réraud (voy. M. tenseur postérieur de la capsule du coude) et Gantzer, mais c’est le professeur W. Gruber qui l’a le premier étudié d’une façon com¬ plétée 11 l’a trouvé une fois chez un sujet où le radius était absent^.
M. le professeur Macalister a disséqué ce muscle sur une femelle de chimpanzé ; mais dans ce cas le tenseur de la capsule de l’épaule avait une insertion additionnelle au cartilage de la 2® côte®.
Je l’ai isolé 6 fois ; 2 fois il existait des deux côtés (sur 2 femmes) ; 4 fois il existait d’un seul côté, 3 fois à droite (2 femmes et un homme), une fois à gauche, sur un enfant où il prenait insertion par un fais¬ ceau supplémentaire sur le cartilage de la 2® côte L
‘ Wenzel Gruber. Mém. de l'Académie imp. de Saint-Pétersbourg, 1860, n» 2, t.III,p. 10.
* Ib.' Vii-chow's Arch., BandlO, p. 427.
’ Macalister. Cat. cit., p. 49.
* Le Double. Contributions à l’histoire des anomalies musculaires, fleaae d'anthronoloaie.
1884, p. 299. r y ,
MUSCLES DU BRAS
RÉGION ANTÉRO-INTERNE
CORACO-BRACHIAL
Les variations du muscle coraco-brachial ont, en 1867, été l’objet d’un excellent travail de la part de Wood (Wood, Journ. of anat. and phys., 1867, t. 1, p. SI). ^
Le coraco-brachial de l’homme est un reliquat du vaste corps charnu qui dans les Vertébrés inférieurs, relie la face antérieure de l’arc pecto¬ ral à l’humérus *. Il représente à lui tout seul la masse des adducteurs fémoraux toujours divisée en plusieurs muscles distincts. « La perfo¬ ration du coraco-brachial moyen par le cutané externe ou nerf mus- culo-cutané indique chez les Mammifères, dit le professeur Humphry, la tendance qü’a ce muscle à se diviser en deux corps. Cette division est réalisée dans le lapin, le Singe proboscide et la gerboise [Dipus gerboa) où le corps supérieur, inséré isolément sur le tubercule cubital, constitue un coraco-brachial supérieur. Dans les Amphibiens, les Rep¬ tiles et les Monotrèmes il y a ordinairement un troisième corps, un coraco-brachial inférieur, séparé du coraco-brachial moyen par l’artère brachiale et le nerf médian, et qui se prolonge jusqu’au condyle
‘ Les anthropotomistes décrivent le coraco-brachial en même temps que les muscles du bras et les anatomistes vétérinaires, en même temps que les muscles de l’épaule. La manière de voir des anatomistes vétérinaires est seule admissible, en anatomie comparée, attendu que le coraco-brachial ne dépasse pas quelquefois, en bas, le col de l’humérus et ne se prolonge jamais jusqu’aux os de l’avant-bras comme les autres muscles du bras. En le plaçant dans la région brachiale je ne fais donc qu’obéir à une tradition surannée et mal fondée.
22 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
interne ‘ ». A l’état anormal on peut, de même, rencontrer chez
l’homme deux ou trois coraco-brachiaux. Wood a appelé :
Le coraco-brachial supérieur : rotator humeri, coraco-brachialis brevis, short variety, troisième variété du coraco-brachial ;
Le coraco-brachial moyen / coraco-brachialis médius, middle variety, première variété du coraco-brachial
Le Coraco-brachial inférieur ; coraco-brachialis longus, long variety, deuxième variété du coraco-brachial.
Etudions-les successivement.
Coraco-brachial supérieur.
« J’ai rencontré, dit Cruveilhier^ un petit muscle coraco-brachial surnuméraire, étendu de la base de l’apophyse coracoïde, au-dessous du petit trochanter, immédiatement au-dessous des insertions du sous- scapulaire; la même disposition existait des deux côtés. Ce petit muscle décrivait une courbe au-devant du sous-scapulaire. »
Cette description est très précise et très nette. Aussi M. Testut revendique-t-il pour Cruveilhier l’honneur de la découverte du court coraco-brachial attribuée par d’autres anatomistes à Theile. « \2En- clopédie anatomigue de Theile (Sœmmerring' s Lehre), remarque le professeur d’anatomie de la Faculté de médecine de Lyon, fut imprimée à Leipsig en 1841, et nous possédions, depuis quatre ans déjà, la pre¬ mière édition de V Anatomie de Cruveilhier, parue à Bruxelles^. »
M. Testut se trompe ici doublement. D’abord en ce qui concerne la date et le lieu d’origine de la première édition de l’anatomie de Cruveilhier. J’ai vu une édition de cette anatomie qui date de 1834 et qui est sortie de la librairie Béchet, place de l’Ecole-de-Médecine, n° 4.
Ensuite, en ce qui concerne l’honneur de la découverte du coraco- brachial supérieur, cet honneur appartient à Otto. (Voy. Otto, Aewe selt Beobacht, Bd. 11, 1824, p. 40.)
Depuis 1824, ce muscle a été observé non seulement par Cruveilhier
* Humphry. Obs. in \Myol., cit. p. 158. Dans son Traité intitulé The human skeleton (p. 559) le professeur Humphry a comparé le court coraco-brachial au court adducteur de la cuisse, le moyen coraco-brachial au moyen adducteur, le long coraco-brachial au long adducteur ou grand adducteur qui se prolonge jusqu’au condyle interne après avoir livré passage à une artère qui va se placer du côté de la flexion sur la partie moyenne de l’arti¬ culation des deux segments supérieurs du membre pelvien.
- Cruveilhier. Loc. cit., p. 164.
® Testut. Traité des an. musc., cit. p. 358.
MUSCLES DU BRAS
23
et Theile, mais aussi par Gruber', Wood S Macalister ^ Mac Whinnie*, Calorie Rüdinger®, Popoff’, Pruen®, Testut®, Souligoux*", Reid et Taylor Henle, Krause, Leidy, Chudzinski, etc.
La forme, les dimensions, la structure, les connexions et les inser¬ tions du court coraco-brachial sont très variables. Aussi a-t-il été décrit sous les noms les plus divers. Je l’ai vu se détacher de la base, du sommet, de la face inférieure ou du bord interne de l’apophyse cora¬ coïde, jamais du bord externe de cette apophyse. Inférieurement il peut se terminer soit :
I. Sur le col chirurgical de l’humérus entre la petite tubérosité et les tendons du grand dorsal et du grand rond. C’est le court coraco- brachial type, celui de Cruveilhier.
II. Sur la coulisse bicipitale (cas de Reid et Taylor).
III. Sur la cloison intermusculaire interne (cas de Mac Whinnie et de Wood).
IV. Sur le tendon du grand dorsal. C’est le levator tendinis mus- ciili latissimi dord de W. Gruber. Généralement grêle et formé en proportions à peu près égales de tissu musculaire et de tissu fibreux, il vient se fixer sur le tendon du grand dorsal^, en arrière du coraco- brachial moyen. Il est parfois incomplet et s’étend seulement du ten¬ don du grand dorsal à la petite tubérosité de l’humérus ou à la capsule de l’épaule. Il a été considéré tour à tour comme une variété du coraco- capsulaire, l’homotype à l’épaule de l’obturateur interne du bassin? (Testut), un faisceau anormal du grand dorsal.
Je l’ai trouvé trois fois (deux fois chez l’homme des deux côtés, une fois à droite chez une femme). Il a été rencontré également par Wood, Macalister, Nicolas, etc.
V. Sur le tendon du sous-scapulaire (cas de Macalister). M. Macalister a même disséqué un sujet chez lequel les fibres inférieures du court coraco-brachial s’entremêlaient avec celles du sous-scapulaire.
‘ Gruber. Muller' s Arch., 1848, p. 423.
2 Wood. Journ. of anal, andphys., vol. I, p. 45.
^ Macalister. Cat. cit., p. 74.
■* Mac Whinnie. London Med. gaz., 1846.
* Calori. Memone deW Institut, di Bologna, 1866, série 11, t. VI, p. 166.
' Rüdinger. Die Muskeln der vordern Extremitæten der Reptilien, Haarlem, 1868.
'> Popoff. üeber einige uber’zahlige Muskeln des menschl Koi'pers. (Med. Bâte, 1873).
s Pruen. Saint-Bartholomew’s hospital Reports, vol. XVII, 1881, p. 71.
® Testut. Loc. cit., supra, p. 357 et suiv.
“ Gh. Souligoux. Bullet. de la Soc. anal, de Paris, p. 214, février-mars 1894.
” Reid et Taylor, Saint-Thomas’s hospital Reports, 1879.
24 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
VI. Sur la capsule de l’épaule. C’est le mode de conformation le plus habituel du court coraco-brachial après celui noté par Cruveilhier. D’où les qualificatifs de M. coraco-brachialis brevis et de M. coraco- capsularis dont le professeur Macalister se sert indifféremment pour désigner le faisceau musculaire anormal dont il s’agit.
Au groupe des adducteurs du bras et plus particulièrement au court coraco-brachial il faut rapporter aussi les formations musculaires inaccoutumées dont les noms suivent :
a) M. Capsularis humero-scapularis siiperior. — Il est constitué par un trousseau de fibres verticales qui se portent^, en avant du tendon du sous-scapulaire, de la partie du col chirurgical où s’insère le court coraco-brachial, à la capsule de l’articulation scapulo-humérale. Il a été signalé successivement par Gruber, Wood, Curnow*, Pruen, Alezais ^ Testut, etc. Le professeur Gruber l’a rencontré trois fois sur 380 sujets. Pour le distinguer du suivant, M. Testut le nomme M. brachio- capsulaire .
P) M. capsularis-humero-scapularis. — Il naît de la petite tubérosité ou du pourtour de la petite tubérosité de l’humérus, et se termine sur la capsule articulaire de l’épaule. Il a été découvert par Krause (W. Krause, Myologische Bemerkungen, Arch. f. anat. und phys. anat. Abth, 1881, Heft 6, S. 419-422).
y) M. depressor tendinis subscapularis majoris seu retinacidum mus- culare subscapularis majoris. — Cet abaisseur ou ce frein du tendon du sous-scapulaire est formé par un corps charnu dont une des extrémités s’attache au col chirurgical de l’humérus et l’autre au tendon du sous-scapulaire. C’est un capsularis-humero-scapularis superior qui, au lieu de se prolonger jusqu’à la capsule de l’articu¬ lation de l’épaule, s’est arrêté sur le tendon du sous-scapulaire ou sur l’aponévrose d’enveloppe de ce muscle (1 cas de Pruen et 1 cas per¬ sonnel, à droite, à gauche chez une femme). C’est W. Gruber qui l’a observé le premier.
Ce qui démontre clairement que les faisceaux musculaires appelés capsularis-humero-scapularis superior; depressor tendinis subscapularis majoris, par W. Gruber et capsularis-humero-scapularis, par Krause, dérivent bien du groupe des coraco-brachiaux, c’est qu’ils sont quel¬ quefois une dépendance du coraco-brachial supérieur (cas de Souli-
’ Cumow. Journ. of anat. andphys., 1873, t. VIII, p. 305.
■ Alezais. Trib. Méd., 1881, p. 604.
MUSCLES DU BRAS
2S
goux, de Calori, etc.). J’ai trouvé, des deux côtés, en 1890, sur une femme, un coraco-brachial supérieur dont le corps charnu, fixé au- dessous du trochiter, était formé par la réunion de deux faisceaux provenant, l’un du sommet de l’apophyse coracoïde, l’autre du tendon du sous-scapulaire.
Anatomie comparée. — Ce muscle a été mentionné dans V Orycteropus Capensis, V opossum par Galton*, le Macropus giganteus et le Martes abietum par Rolleston, le Macropus ruficollis (var. Benetti) et le Phas- colomys wombata par Galton et Rolleston^, la taupe par Wood, le lapin et la gerboise par Humphry, VHyœna striata, VHyœna crocuta, les Protèles par Young et Rohinson, la civette par Young, Rohinson, et Devis, le chat par Young, Rohinson et Strauss-Durckheira, Véchidné^ par Alix et Meckel (Meckel, de Ornithorynco), l’oiw’s par Tes¬ tât, V éléphant indien par Young, et la girafe par Lavocat.
Le professeur Macalister, qui Ta trouvé à l’état rudimentaire chez un chimpanzé, affirme qu’il est représenté chez tous les Quadrumanes.
11 a été décrit ou figuré, en effet, dans le sai, le magot, Y ouistiti ordinaire, le papion, le callitriche par Meckel, le bonnet-chinois par Wood‘, YAtèle Belzébuth par Kuhl®, les Lémuriens de Madagascar par Milne-Edwards ', le Macacus sinicus par Testut’, les Cercopithèques par Testut et Mivart*, le Nycticebus tardigradus, par Mûrie et Mivart®, le Singe proboscide par Humphry, le Cynocephalus Anubis par Champ- neys, etc. Mais dans les Anthropoïdes, comme dans l’espèce humaine, sa présence paraît être exceptionnelle. Depuis M. le professeur Maca¬ lister, il n’a été retrouvé que par MM. Testut et Vrolik dans le chim¬ panzé, et par M. Hepburn dans le gorille.
Parmi les animaux il en est chez lesquels il existe seul, d’autres dans lesquels il est accompagné d’un coraco-hrachial moyen et d’un long coraco-brachial ou de l’un ou l’autre de ces deux muscles. (Voyez ces deux muscles.)
Dans le gorille du docteur Hepburn, le coraco-brachial avait môme
‘ Galton. On the myol. of the Orycteropus Capensis, cit. p. 535.
* Rolleston. Student's note Book.
^ Lannegrâce nie la présence du court coraco-hrachial chez cet animal.
* Wood. ioc. cit.,passim.
“ Kuhl. Beitràge z. Beschreibung mehrer Mammalien, p. 16.
® Milne-Edwards. loc. cit., suprà, t. I, p. 105.
’ Testut. Trait, des an. muse., p. 361.
s Mivart. Proc. zool. societ., janvier 1865.
* Mûrie et Mivart, ibid., février 1865.
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VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
un mode de conformation différent à droite et à gauche. Du côté droit il naissait, avec la courte portion du biceps, en arrière de laquelle il était situé, du sommet de l’apophyse coracoïde et se terminait sur la partie moyenne de la face interne du corps de l’humérus. De son bord inférieur se détachaient quelques trousseaux fibreux qui allaient s’épanouir sur la cloison intermusculaire interne, après avoir croisé en le recouvrant le nerf musculo-cutané et qui étaient vraisemblable¬ ment les vestiges du long coraco-brachial. Du côté gauche on trou¬ vait, en plus des parties sus-indiquées, un corps charnu un peu plus gros qu’un muscle lombrical, étendu de la face profonde du coraco- brachial à la face interne du col chirurgical de l’humérus, au-dessus ■du tendon du grand rond et qui était, à coup sûr, l’homologue du court coraco-brachial. « De sorte, remarque le docteur Hepburn, que dans cet anthropoïde, les trois éléments constituants du coraco-brachial étaient représentés : deux, le coraco-brachial supérieur et le coraco- brachial inférieur, par des faisceaux rudimentaires et un, le coraco- brachial moyen, par un faisceau bien développé* ».
Dans le fœtus de gorille et dans le gorille adulte disséqués par Deniker et Duvernoy, le coraco-brachial moyen existait seul.
La division du court coraco-brachial en deux chefs, l’insertion de ce muscle sur la capsule de l’épaule, le sous-scapulaire, etc., se ren¬ contrent chez les animaux ainsi que chez l’homme. Le coraco-brachial supérieur de Y éléphant remonte jusqu’à la capsule de l’épaule^ ; celui de V Oryctérope du Cap échange quelques fibres avec le sous-scapulaire; celui de Voiirs hrun d'Amérique est composé de deux faisceaux dont l’externe s’arrête sur le trochin et la capsule de l’articulation scapulo- humérale. En anatomie vétérinaire on donne les noms de m. capsulaire de l'épaule, de m. scapulo-huméral grêle à un petit corps charnu qui, chez les Solipèdes, se porte du sourcil de la cavité cotyloïde à la racine de la tête de l’humérus, en arrière de l’articulation de l’épaule.
CORACO-BRACHIAL MOYEN
Absence. — Barkow a vainement cherché le coraco-brachial moyen sur les deux bras d’un monstre. En 1881, j’ai disséqué un paralytique
‘ Hepburn. Journ. of anat. and physiol., cit. p. 157, janvier 1892.
- Young. Notes on the anat. of the Indian éléphant. Journ. of anat. and physiol., 1880, t. XIV, p. 290.
MUSCLES DU BRAS
27
général dont la moitié inférieure du coraco-brachial moyen du côté droit était réduite à l’état d’une mince lame aponévro tique.
Anatomie compakée. — Ce muscle est remplacé par un court ou un long coraco-brachial ou par l’un et l’autre chez divers Mammifères. Il est très petit chez les Chauves-souris, mais il n’y manque, pas comme l’a dit Cuvier (Meekel, Macalister, Maisonneuve, Blanchard). D’après Meckel, le kangurou, la loutre et le phoque sont dépourvus de tout coraco-brachial ?
Par contre, il existe seul dans Vaï, les Loris (Meckel), le murin (Mai¬ sonneuve), le bradypus (Wood), le Cholœptus didaclylus (Galton), etc.
Imperforation du muscle. — Deux cas peuvent se présenter :
I. Le nerf rnusculo-cutané fait défaut. — Alors la racine externe du nerf médian ne donne naissance à aucun tronc nerveux ; de la racine interne part le cubital qui naît par deux branches dont l’une constitue le nerf lui-même, tandis que l’autre, après un court trajet, abandonne le cubital pour se porter obliquement vers le médian qu’elle rejoint. Il en résulte un très fort nerf médian duquel se détachent plusieurs rameaux qui sont : un rameau pour le coraco-brachial, un rameau pour le biceps, un troisième rameau assez volumineux qui, après avoir perforé le biceps, va constituer le rnusculo-cutané à l’avant-bras ; de ce troisième rameau et avant la perforation du biceps part un ramuscule pour le brachial antérieur.
Il y a donc fusion du rnusculo-cutané et du médian, de sorte qu’il n’existe à la partie antérieure du bras qu’un seul tronc nerveux, duquel émanent les filets nerveux destinés aux muscles du bras*.
' Pour les anomalies et les anostomoses des nerfs du membre supérieur, voyez :
Calori. Memorie delV Âccad. dette Scienze di Botogna, 1868.
Hyrtl. Anatomia detV Uoino, trad. ital., p. 381.
Gruber. Archiv fur anat. von Reichert, 1870, p. 501. •
Debierre. Soc. biotogie, t. V, n° 19.
F. Verchère. Buttet. de ta Soc. anat. 1883, 26 janvier, p. 49.
Richelot. Soc. de chirurgie, 1883, 23 mai, p. 438.
Testut. Journ. de t’anatom. et de ta phys., 1883, t. XIX, p. 103 et Mém. de VAcad. de médec. de Paris, t. XXXIV, avril 1884.
G. Hervé. Buttet. de ta Soc. d’anthropotogie de Paris, 1883, p. 40 et 1889, p. 405.
Buttet. de ta Soc. anal.,
Curtis. Aus der internationaten Monatsschrift anal. u. hist. Bd III, Heft, 9.
Hartmann. Buttet. de la Soc. anat., 1887, 5* série, t. I, p. 860 à 864. — Ibid., 1888, 10 février, p. 151.
Broca. Ibid., 24 février 1888, p. 206.
Villar. Ibid., 1887, p. 192 ; et 1888, p. 607.
Beaunis et Bouchard. Anat. humaine, 3* édit.. Anomalies nerveuses.
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
II. Le nerf musculo-cutané existe. — Alors le musculo-cutané côtoie d’abord le bord interne du coraco-brachial moyen, puis s’insinue entre la face postérieure de ce muscle et la face antérieure de la portion coracoïdienne du biceps, pour suivre au delà son trajet accoutumé. Cette disposition, qui pour Cruveilhier et Wood n’est pas très rare, est, au contraire, pour Jamain, Leidy, Macalister et Testut, très excep¬ tionnelle. Sur 30 sujets qu’il a examinés le professeur Macalister ne l’a pas rencontrée une seule fois. M. Testut ne l’a observée que 11 fois sur lOS bras qu’il a disséqués et moi que 3 fois sur 87.
Anatomie comparée. — Le coraco-brachial moyen du chimparizé dissé¬ qué par Vrolik * et celui des gibbons disséqués par Hepburn ® et par Kohl- brügge® était imperforé. Il en était de même du coraco-brachial moyen du cynocéphale Anubis de Champneys Dans le magot, le papion, X ouistiti ordinaire, le callitriche et les Atèles le musculo-cutané passe entre le court coraco-brachial et le coraco-brachial moyen ® (Meckel). Chez un certain nombre de Vertébrés inférieurs le musculo cutané est confondu avec le médian duquel émanent tous les nerfs des muscles de la région antibrachiale.
Division en deux chefs. — Le coraco-brachial moyen peut être divisé en deux chefs entièrement distincts entre lesquels passe le nerf musculo-cutané. J’ai disséqué une vieille femme dont le coraco-hra- chial était constitué, de chaque côté, par deux faisceaux au-dessous desquels glissait le musculo-cutané : le faisceau inférieur avait les mêmes insertions que le muscle normal ; le faisceau supérieur avait deux têtes d’origine, bientôt fusionnées, l’une provenant de la capsule de l’épaule, l’autre du ligament coraco-huméral, et se terminait sur la face interne de l’humérus au-dessus du précédent. M. le professeur Macalister m’a écrit qu’il avait rencontré une malformation identique.
Mon ancien aide d’anatomie, M. Hahusseau, m’a remis en 1890 la note suivante, concernant un homme dont chaque coraco-hrachial dédoublé était traversé à la fois par le musculo-cutané et par un filet du nerf médian.
‘ Vrolik. Recherches d'anatomie sur le chimpanzé, 1841.
- Hepburn. Journ. of an. and phys., janv. 1892, p. 157.
^ Kohlbrügge. Anatomie des genus Hylobates, 1890 (D' Max Weber, Amsterdam).
* Champneys. Joum. of anat. and phys., nov. 1871, p. 183.
“ Il en était de même chez un sujet du sexe masculin, fils d’un nègre et d’une mulâtresse) disséqué par M. Chudzinski. (Voy. Chudzinski. Revue d'anthropologie 187 i et tirage à part, p. 15.)
MUSCLES DU BRAS
« Homme, quarante-cinq ans, phtisique. — Chaque coraco-hrachial a un faiscean supplémentaire, inséré en haut sur le quart antérieur du bord interne de l’apophyse coracoïde en avant du petit pectoral, et se portant directement vers l’extrémité inférieure du muscle avec laquelle elle se fixe sur la partie moyenne de l’humérus. Entre les deux portions passe, outre le musculo-cutané, une branche du nerf médian, bifurqué. »
Anatomie comparée. — Dans les chimpanzés de Hepburn et de Cham- pneys et dans les orangs de Hepburn ‘ et de Church ^ le coraco-bra- chial était formé de deux corps charnus indépendants entre lesquels passait le musculo-cutané. « 11 nous est arrivé une fois de voir, chez le cheval^ dit M. Lesbre, le nerf brachial antérieur passer non pas à travers le muscle dont nous nous occupons (le coraco-hrachial), mais en dessous ; en outre, l’artère préhumérale était remplacée par une branche ascendante de l’artère principale du biceps, et, malgré cela, le coraco-hrachial était divisé comme d’ordinaire en deux portions ^ »
Variations de volume. — Dans la majeure partie des Mammifères le volume du coraco-hrachial est en raison inverse de celui de la courte portion du biceps.
Variations des insertions. — On a dit que le coraco-hrachial moyen se terminait à la partie supérieure du tiers moyen de l’humérus (Winslow), au-dessus de la partie moyenne de cet os (Bichat, Krause), à la partie moyenne (Boyer, Morel, Duval, Gegenbaur, Leidy), à l’extrémité inférieure de la coulisse bicipitale (Hyrtl), etc. Pour ma part, je crois qu’il se termine le plus communément à la partie moyenne du bras.
On a signalé l’expansion de quelques-unes des fibres du muscle en question sur la cloison intermusculaire interne ou sur le ligament de Struthers (Chudzinski, Nicolas, Gegenbaur, Souligoux).
A son origine, le coraco-hrachial moyen suit les déplacements de la courte portion du biceps. Je l’ai vu, à droite, chez un homme, entiè¬ rement indépendant de cette courte portion.
Anatomie comparée. — Les insertions du coraco-hrachial moyen
* Hepburn, Champneys. Loco citato supra.
“ Church. JVai. ïiist. lîeaiea', janv. 1862.
’ Lesbre. hoc. cit., p. 106.
30 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
varient dans chacun des quatre Anthropoïdes. Suivant M. Deniker, ce muscle aurait un mode de conformation différent chez le fœtus de gorille,, chez le jeune gorille et chez le gorille adulte.
« Le coraco-brachial du fœtus du gorille est plus court, dit-il, que chez l’homme : son insertion inférieure se trouve sur la limite entre le tiers snpérieur et le tiers moyen de l’humérus. 11 envoie une expansion aponévrotique au tendon du grand dorsal. Chez mon jeune gorii .e, ce muscle s’insère presque au milieu de l’humérus et envoie une expansion aponévrotique au biceps et au brachial antérieur. Chez l’adulte, ce muscle se comporte comme chez l’homme (Duvernoy) ‘ .»
Vrolik a décrit et figuré ^ un ruban musculeux qui va, dans le chim- panzé, de la portion supérieure de ce muscle à la portion interne du triceps.
Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Theile, Leidy, Wood, Macalister, Krause, Mac Whinnie, Hyrti, etc., ont fait mention de l’union fréquente de la branche interne du brachial antérieur et du muscle dont il s’agit^. Le professeur Stru- thers a vu une expansion du coraco-brachial moyen recouvrir, vers le tiers supérieur du bras, l’artère humérale. Dans quelques animaux, le pteropus entre autres, les deux muscles dont je viens de parler se continuent directement.
Coraco-brachial inférieur.
Le coraco-brachial inférieur ou long coraco-brachial a été décrit par Theile qui l’a regardé comme un faisceau aberrant du brachial antérieur 11 est situé au-dessous du bord inférieur du coraco-brachial moyen dont il peut être entièrement différencié et se termine sur la partie inférieure de la face interne de l’humérus ou le ligament fibreux étendu de l’épitrochlée à l’apophyse sus-épitrochléenne au-des¬ sous duquel passe tout ou partie du paquet vasculo-nerveux du bras.
L’étendue de l’insertion inférieure du coi’aco-brachial inférieur est, du reste, très variable. Elle peut ne pas se prolonger au delà d’un
‘ Deniker. Loco citalo mprà, p. 142.
- Vrolik. Loco cilato suprà, p. 19 et pi. IV.
' Loc. cit. passim. Hyrti. Lerbuch deranal., p. 862.
•* Theile. Enc. anat., trad. Jourdain, p. 215.
MUSCLES DU BRAS
demi-centimètre du bord inférieur du coraco-brachial moyen ou envahir tout l’espace compris entre ce bord inférieur et l’épitrochlée.
Depuis Theile, le coraco-brachial inférieur a été signalé par Gruber Wood, Macalister, Struthers, Bianchi^ Romiti®, Testut et moi. Dans un cas observé par le professeur Nicolas de Nancy, il avait deux faisceaux terminaux, l’un inséré sur l’humérus, l’autre sur la face pos¬ térieure du bras et entre lesquels étaient logés les nerfs huméraux, le nerf médian et le nerf cubital.
Anatomie comparée. — D’après Meckel, Cuvier ® et Wood, les Tatous ne posséderaient qu’un long coraco-brachial. Sur le Tatou à six bandes qu’il a disséqué, M. Gallon a cependant trouvé un court coraco-brachial, un coraco-brachial moyen et un long coraco-brachial dont l’extré¬ mité inférieure était bifurquée pour livrer passage au nerf médian et aux vaisseaux du bras.
Il n’y aurait également qu’un long coraco-brachial dans les Cétacés, le porc-épic, Y écureuil, s’il faut en croire Meckel; dans le Myrme- cophaga tamandua, s’il faut en croire Rapp et dans le grand fourmi¬ lier, s’il faut en croire Pouchetk
Le tenrec [Centetes caudatus) et Vours n’ont qu’un long et court coraco-brachial (Rolleston, Testut), et les Équidés et YHystrix cristata, qu’un long et un moyen coraco-brachial (Arloing et Chauveau, Galton). Dans le chat, on ne trouve normalement qu’un court coraco-brachial, mais ilpeutaussi s’y développer, del’aveu même de Strauss-Durckheim®, « un coi’aco-brachial plus étendu qui vient s’insérer en bas sur la partie postérieure de la crête interne de l’humérus ».
J’ai indiqué les divers modes de conformation des adducteurs du bras observés chez les Anthropoïdes.
Une preuve évidente de la communauté d’origine des trois coraco- brachiaux, dans l’espèce humaine aussi bien que dans la série ani¬ male, c’est que, chez l’homme de même que chez les animaux, ils
' Gruber. t^eue Selt anom., p. 28, t. I, fig. 1.
- BiaucM. ho Sperimentale, août 1886.
® Romiti. Bollet. delta soc. Ira i cuit, delle sc. med. in Sieua, 1885.
* Nicolas, hoc. cil. supra, p. 5 et 6.
“ Cuvier et Laurillard. Anat. comparée, pl. CCLX.
“ Rapp. Anatomische Vntersuchungen über die Edentaten, Tubingen, 1852, p. 47.
’ G. Pouchet. Mém. sur le grand fourmilier, l'= livraison, Paris, 1867, pl. III, fig. 1 et 2.
® Strauss-Durckheim. Anat. du chat, t. II, p. 344.
32
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
apparaissent simultanément ou isolément, offrent les combinaisons les plus variées, diffèrent même quelquefois comme nombre et comme structure d’un membre thoracique à l’autre.
BICEPS BRACHIAL
Absence totale ou partielle du muscle. — L’absence complète du biceps a été signalée par M. Macalister*. MeckeP a vu la courte portion faire défaut. J’ai noté deux fois (une fois à droite chez l’homme, une fois à gauche chez une femme) la disparition totale de la longue por¬ tion. Cette malformation a été indiquée également par Otto®, Lauth*, Hyi’tP, Henle®, Macalister, Jœssel’, Leboucq®, Gegenbaur®, Gruber*”, Testut (deux cas), etc.
Anatomie comparée. — Le biceps est formé, comme l’a démontré le professeur Krause, de l’Université de Berlin, par 4 muscles : le coraco- radial, le coraco-cubital, le gléno-radial et le gléno-cubital. Les deux premiers naissent par une insertion commune de l’apophyse cora¬ coïde et composent la courte portion. Les deux derniers ont aussi une origine commune, ie bourrelet glénoïdien, et composent la longue portion. « La courte portion qui, sur l’humérus, se trouvait en dedans de la longue portion, passe au-devant d’elle au niveau du pli du coude. Les extrémités inférieures se divisent; les fibres tendineuses se groupent autrement que les fibres musculaires. Le tendon du biceps est formé par les muscles coraco et gléno-radial ; les fibres tendi¬ neuses de ce dernier passent derrière celles du coraco-radial^ l’inser¬ tion du coraco-radial se fait en avant de celle du muscle gléno-radial. L’expansion aponévro tique du biceps est constituée par les fibi'es tendineuses du muscle coraco-cubital, en avant, et par celles du gléno-
* Macalister. Loc. cit. supra, p. 80.
= Meckel. Arch. Bd., 8, p. 587.
^ Otto. A. seUBeobacht.,p. 40, Heft. 1, p. 899.
* Lauth. Nouv. man. de Vanat., p. 14i.
= Hyrtl., p. 362.
» Henle. Meckel’s Arch., 1826, p. 39.
’ Jœssel. Zeitschr. f. anat. u. Entwick, vol. II, p. 142-141.
* Leboucq. Ann. de la Soc. de méd. de Gand, 1873.
» Gegenhaur. Virchow’s Arch. Bd. XXI, p. 376.
“ Gruber. Virchow's Arch., XXXIII, p. 211.
MUSCLES DU BRAS
33
cubital^ en arrière. Les muscles eoraco et gléno-radial sont beaucoup plus volumineux et partant plus puissants que les deux faisceaux coraco et gléno-cubital L»
Au total, les quatre faisceaux du biceps rappellent ceux du sterno- cléido-mastoïdien ou muscle quadrijumeau de la tête; aussi a-t-on appelé par analogie le long fléchisseur de l’avant-bras, quadnjumeaii du bras.
Les données de l’anatomie comparée témoignent que les différents faisceaux peuvent manquer ou se combiner diversement. En voici la preuve :
Goraco-radial seul ; Oryctérope du Cap, rhinocéros, échidné, gre¬ nouille, crapaud, lézard.
Goraco-radial et coraco-cubital ; Emys, caméléon.
Goraco-radial et gléno-cubital : Carnivores (les deux muscles sont complètement distincts).
Gléno-radial seul : Nyctipithèqüe, sténops, taupe. Ruminants, cheval.
Gléno-cubital seul : Hyrax du Cap, Rongeurs.
Gléno-radial et gléno-cubital ; Rorc, Monotrémes.
Variations des connexions des deux chefs. — La réunion de la longue et de la courte portion du biceps qui s’opère, en général, vers la partie moyenne du bras, peut s’opérer beaucoup plus haut ou beau¬ coup plus bas ; la longue et la courte portion peuvent même être entiè¬ rement isolées ou entièrement fusionnées depuis leur origine jusqu'à leur terminaison. L’indépendance complète des deux portions du long fléchisseur du bras a été observée par Riverius, Weibrecht\ Albinus^, Rudolphi®, MeckeP, Macalister'' etc. Je l’ai constatée 4 fois : 2 fois chez l’homme, 2 fois chez la femme et toujours des deux côtés. La fusion complète des deux portions du long fléchisseur du bras a été signalée par Gruber, Macalister, Wood, etc. Je l’ai observé des deux côtés chez une femme. En 1892, mon prosecteur, M. André, m’a montré un sujet dont les deux portions du biceps gauche étaient seulement reliées l’une à l’autre, un peu au-dessus du pli du coude
* Krause. Man. d'anat. hum., fasc. II, trad. franc, de L. Dollo, p. 200.
' Riverius. De Dissect. partium human. corpor. Paris, 15iS, p. 3U.
® Weibrecht. Comment. Petrop., 1737.
* Albinus, in Meckel, Manuel d'anat., trad. Jourdan et Breschet, 1825, t. II, p. 158.
= Rudolphi, in. Gantzer. ioc. oit., p. 6.
‘ Meckel. Manuel d’anat. préc., p. 138.
’ Macalister. hoc. cit. passim, p. 80.
34 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
par deux l’ubans musculeux. Dursy* a fait mention d’un cas ana¬ logue, et le professeur Testut, de deux.
Chacune des branches d’origine du biceps peut, elle-même, se segmenter en partie ou en totalité. Moser^ a rencontré et j’ai ren¬ contré moi-même (à droite, sur un colon de Mettray) la longue por¬ tion double. Une double tête coracoïdienne a été trouvée par les profes¬ seurs Wood, Macalister et Testut. Chez le sujet du professeur Macalister, la tête coracoïdienne surnuméraire se portait sur la tête coracoïdienne normale au-dessus du point où elle se confond avec la longue portion. Chez celui de Wood, la tête coracoïdienne surnuméraire allait se perdi’e dans le biceps au-dessous du point d’accolement de ses deux portions. Chez celui du professeur Testut, il y avait, en plus des deux chefs coracoïdiens, un chef provenant de la face profonde du grand pectoral, qui rejoignait le chef glénoïdien à 4 centimètres au-dessous de son origine. Sur un homme disséqué par le professeur Leboucq, de TUniversité de Gand, le biceps du côté gauche était formé par la courte portion normale et par un chef inséré sur la capsule de l’épaule et celui du côté droit par deux chefs coracoïdiens W. Gruber a donné le nom de M. gleno-brachialis à un faisceau musculaire qui naît du sommet de la cavité glénoïde avec le tendon de la longue por¬ tion, sort avec lui de la capsule articulaire, après avoir contourné la tête de l’humérus et se tei’mine sur le coi'ps de l’humérus, en dedans de la coulisse bicipitale, au-dessus du bord supérieur du grand dorsal. Ce muscle rudimentaire est très rare. Depuis Gruber, il n’a été retrouvé que par MM. Knott et Macalister. Il est généralement unilatéral. Pour éviter des redites, je traiterai plus loin des insertions anormales du tendon inférieur segmenté du biceps.
Anatomie comparée. — Ces anomalies sont, pour moi, la consé¬ quence d’un trouble embryogénique qui fusionne plus étroitement ou moins étroitement les quatre chefs qui composent le long fléchisseur de l’avant-bras. J’ai soumis cette interprétation à mon éminent col¬ lègue de l’Université de Gand, M. le professeur Leboucq, qui en avait proposé une auti’e pour le cas, relaté plus haut, de biceps à 4 chefs qu’il a rencontré, et voici ce qu’il m’a écrit le 18 juillet 1895 :
' Dursy. Henle u. Pfeufer's Zeitschrift, XXXIII, p. 45. ' Moser. Arch., vol. Vllf, p. 227.
® Leboucq. Bullet. de la Soc. de méd. de Gand, 1873.
MUSCLES DU BRAS
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« Ce qui m’avait porté à émettre l’interprétation erronée d’un déplacement de la longue portion (chef glénoïdien) ponr venir s’insérer avec la courte à l’apophyse coracoïde, c’est qu’il y avait deux masses distinctes, l’une terminée par un tendon long et grêle et que le volume total de ces deux masses était équivalent à celui des deux chefs de l’autre côté. L’interprétation que vous proposez me semble la seule rationnelle. 11 y avait, à di’oite, absence du chef glénoïdien et sup¬ pléance par le chef coracoïdien plus développé que normalement et dans lequel la division en coraco-radial et coraco-cubital était évidente, tandis que de l’autre côté cette division ne se voyait pas dans le chef coracoïdien, et il y avait un chef glénoïdien à terminaison anormale dans la capsule. — La division du biceps en quatre chefs se voit très bien sur beaucoup de sujets. Je considère la dénomination proposée par Krause [Quadrijemelhis brachii) comme logique et conforme à la réalité des faits; malgré cela, il vaut mieux s’en tenir à l’ancien nom. »
Le muscle gléno-brachial que M. Testut considère « comme l’homo¬ logue exact du chef coracoïdien de l’obturateur intei’ne ‘j), n’échappe pas lui-même à cette interprétation. C’est un des deux chefs glénoïdiens dont l’extrémité inférieure mal développée s’est soudée à l’humérus.
Dans le fœtus de gibbon de M. Deniker « le biceps était formé presque exclusivement par le long chef » et, dans le jeune gorille du même anatomiste, « était divisé dans ses quatre cinquièmes supérieurs n.
Variations des insertions. — 1. Variations des insertions supérieures. — Elles peuvent porter sur l’une ou l’autre des deux têtes. Celles qui portent sur la courte portion sont relatives à l’extension des fibres le long du ligament acromio-coracoïdien. Cette anomalie est assez com¬ mune : elle a été observée 6 fois par le professeur Macalister, 1 fois par Wood et 1 fois par moi (6 fois chez l’homme; 4 fois des deux côtés, 1 fois à droite et 1 fois à gauche et 1 fois à droite chez une femme).
Quant à la longue portion, elle peut se fixer :
a) Dans la coulisse bicipitale (Macalister^, Welcker®, Gruber‘, Testut^ Nicolas, Le Double) ;
* Testut. Trait, des anom. musc., p. 308.
- Macalister. Cal. cit., p. 80.
= Welcker. Aî’cA. f.anat. u.Entwicklungsch. Leipzig, 1878, H. I,p. 20.
* GruLer. BuUet. de VAcad. imp. de Saint-Pétersbourg , 1872.
' Testut. toc. cit. supra, p. 382.
36 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
P) Sur la petite tubérosité de l’humérus (Davies-Colley, Taylor et Dalton, Cruveilhier*, Radams^);
y) Sur la grosse tubérosité de l’humérus (Macalister) ;
8) Sur la capsule de l’articulation de l’épaule (Macalister, Theile, Soller®);
s) Sur le tendon du grand pectoral (Koster‘, Macalister, Pozzi®, Chudzinski®, Kôlliker, Testut, Le Double, etc. ’).
M. Macalister a vu le tendon de la tête glénoïdienne perforer le tendon du grand pectoral. Sur un sujet disséqué par Gruber les fibres les plus externes du tendon de la longue portion allaient se fixer sur le tendon du grand pectoral. Dans un cas observé par M. Testut, le long chef du biceps était renforcé par une bande musculeuse pro¬ venant du bord inféi’ieur du grand pectoral et de la capsule de l’épaule.
Anatomie comparée. — De l’accroissement en largeur des insertions à la voûte acromio-coracoïdienne de la courte portion du biceps, je dirai peu de choses : il est en rapport, dans les espèces supérieures^ avec la masse des fibres musculaires. Pour les insertions de la longue portion à la coulisse bicipitale, aux tubérosités humérales, à la cap¬ sule de l’articulation de l’épaule ou au tendon du grand pectoral elles décèlent le chemin que parcourt la longue portion avant d’atteindre le bourrelet glénoïdien, les étapes où elle peut s’arrêter définitivement pendant sa migration.
La pénétration du tendon d’origine du long chef à l’intérieur de la cavité de l’articulation scapulo-humérale est, en effet, le résultat d’une migration progressive dont on rencontre plusieurs phases réalisées à l’état permanent chez les Mammifères. Chez l’embryon humain ce ten¬ don n’est pas encore libre dans la cavité articulaire, mais se trouve uni à la capsule articulaire par un prolongement de la membrane syno¬ viale.
C’est à Hermann Welcker et à J. Muller qu’on doit la connaissance
* Nicolas, Davies-Colley, Taylor et Dalton, Cruveilhier. hoc. cil. supra.
’ Radams. Todd’s Cyelopœdy of an. andphys., vol. VII, 1852, p. 586.
^ Soller. Soc. des conf. anal, de Lyon.
* Koster. Nederlansch Archief, II, p. 371.
“ Pozzi. Assoc. franç. pour l'amne. des se. Lille, 1872.
Chudzinski. Bevue d' Anthropologie, 1874-1882.
’ J’ai trouvé cette malformation, à droite et à gauche, chez une négresse de la Martinique.
MUSCLES DU BRAS
37
de ces faits. C’est Hermann Welcker* qui a démontré la pénétration, après migration, de la longue portion dans la capsule de l’épaule.. C’est J. Muller® qui a prouvé qu’au cinquième mois de la vie intra- utérine, le tendon de la longue portion du biceps n’est pas libre dans la capsule, y est attaché par un repli de la synoviale qui disparaît plus tard, mais qui peut persister et que Weber ^ a constaté une fois chez un garçon de quinze ans.
« Chez aucun de nos Animaux domestiques le long fléchisseur de l’avant-bras ne mérite son nom de biceps, observe M. Lesbre % vu que son chef coracoïdien fait défaut. Par contré, le tendon glénoïdien est très développé et situé plus ou moins hors de la capsule articulaire ; dans le pore, le chien, le chat, le lapin, cette deimière donne un cul- de-sac synovial qui accompagne le tendon dans la coulisse bicipitale ; tandis que dans les Solipèdes et les Ruminants il y a là une synoviale propre, indépendante de celle de l’articulation. Au fur et à mesure que le tendon se dégage ainsi de l’articulation, il prend plus d’épais¬ seur et s’insère sur un tubercule sus-glénoïdien de plus en plus accentué et séparé delà cavité glénoïde. Ce tubercule, qui se développe avec l’apophyse coracoïde par un même noyau d’ossification, est désigné en anatomie vétérinaire sous le nom de base de l’apophyse coracoïde ; il est à son maximum de développement chez les Solipèdes ; aussi le tendon supérieur du biceps de ces animaux est-il énorme, de consis¬ tance fibro-cartilagineuse et la coulisse bicipitale, très large, divisée en deux gorges par un tendon médian. »
Dans le même ordre, les Chéiroptères, la longue portion du biceps se fixe au scapulum dans le Phylostoma hanstatum et le Nycteris tabarca (Gruber) et à l’humérus dans la plupart des autres variétés.
Chez un cercopithèque du Sénégal disséqué par M. Testut, la longue portion du biceps avait deux tendons dont l’un, relié à la capsule de l’épaule par un repli synovial, allait s’attacher sur le bourrelet glé¬ noïdien et l’autre, en partie sur le trochin, en partie sur la capsule.
La portion intra-articulaire du tendon du long fléchisseur de l’avant- bras de Yatèle est pourvu également d’un méso-tendon.
* Welcker. Areh. fur anat. und phys., 1871, p. 20, et 1878, p- 21.
Pour Welcker le ligament sus-gléno-sus-huméral de l’articulation de l’épaule humaine correspondrait histologiquement au ligament rond de l’articulation de la hanche.
Pour Sutton le ligament sus-gléno-sus-huméral représenterait au contraire un reste ancestral du tendon du muscle sous-clavier.
- J. Muller. Handbuch der physiolog . des Menschen, Bd. I, p. 41 2.
“ Weber. Handbuch der Anatomie, Bd. I, p. 615.
* Lesbre. ioc. cit., p. 107.
38 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
II. Variations des insertions inférieures. — Le défaut de présence du tendon radial a été noté par Petit*, Haller^ et Gruber. Dans le cas de Gruber le radius manquait et le biceps était inséré en partie sur l’apophyse coronoïde du cubitus, en partie sur l’articulation du coude®. L’expansion aponévrotique du biceps {lacertus fibrosus) peut être :
a) Absente (Macalister, 1 cas personnel) ;
P) Très mince ou très épaisse ;
y) Plus ou moins large ;
S) Plus ou moins longue ;
$) Émaner à la fois du tendon terminal et du corps charnu ;
i) Être indépendante, en partie ou en totalité, du tendon ;
x) Recevoir toutes les fibres du chef huméral ;
Vj Recevoir des faisceaux de renforcement du brachial antérieur (voy. ce muscle).
Anatomie comparée. — « Chez le gorille, dit le professeur Hartmann', l’aponévrose bicipitale se prolonge sous forme d’un faisceau tendineux très puissant du fascia anti-brachial jusqu’au fascia palmaire. >>
Cette expansion descendait très bas sur l’avant-bras du Troglodytes Aiibryï et sur l’avant-bras d’un orang disséqué par M. Testut. Elle était renforcée par des fibres provenant du brachial antérieur chez le fœtus de gibbon que M. Deniker a eu à sa disposition.
Augmentation du nombre des chefs. — Biceps à trois chefs. — Cette anomalie est la plus commune de toutes les anomalies du biceps. Le troisième chef du biceps tricipital peut provenir des parties dures ou des parties molles de l’épaule ou du bras.
A. Biceps tricipital dont le 3'* chef provient des parties dures de l'épaide ou du bras. — Dans cette variété du biceps tricipital le chef surnuméraire peut émaner :
a) De l’apophyse coracoïde (voy. Variations des connexions des chefs glénoïdien et coracoïdien) ;
P) De la grosse tubérosité de l’humérus (cas de Meckel et de Maca¬ lister) ;
y) Du bord externe de la coulisse bicipitale (cas de Haller, de Gru¬ ber) ;
* Petit. Mém. de L’Acad., 1733, p.31.
* Haller. Opusc. anat. argument, minor., vol. VIII. Lausanne.
^ Gruber. Virchow's Arch., vol. XXIII, p. 212.
* Hartmann. Loc. cit. supra, p. 127.
MUSCLES DU BRAS
39
S) De la face interne de l'humérus, entre le brachial antérieur et le coraco-brachial ;
s) De la face externe de l’humérus, entre le delto'ide et le long supi¬ nateur (cas de Macalister) ;
!.) Du bord externe de l’humérus et de la cloison intermusculaire externe, entre le deltoïde et le long supinateur. — Ce faisceau sur¬ numéraire est décrit à l’étranger sous le nom de M. hrachio-radialis. 11 a été rencontré par WoodS Gruber^ Theile®, Hyrtl\ Wagner* et par moi (chez 2 hommes, 1 fois des deux côtés, 1 fois à gauche). Dans deux cas observés par Wood et Gruber il était indépendant du biceps jusqu’à son extrémité inférieure.
De tous ces chefs surnuméraires du biceps tricipital le plus intéres¬ sant à cause de sa fréquence et des nombreuses discussions auxquelles il a donné lieu, est le chef qui prend naissance sur la face inteime de l’humérus, entre le brachial antérieur et le coraco-brachial. Il a été trouvé par Theile, Hallett, Cruveilhier (3 fois), Wood, Macalister®. Frœlich, Nicolas Cuyer®, Testut, Hervé (3 fois)®, Chudzinski (8 fois)‘“, Struthers (4 fois) “, Beaunis et Bouchai’d Debierre^®, Laskowski**, HyrtD*, Calori^®, Henle*’, Gegenbaur*®, Quain^®, Bellini®®, Schwalbe et Pfitzner®*, Bianchi®®, Souligoux®®, etc., etc.
Il a été trouvé également par plusieurs de mes élèves, MM. Lelot, Maurice, Petit, Héron de Villefosse, etc., et par moi. Rubané, cylin-
‘ Wood. toc. cit. passim, p. 496.
- Gruber. Muller’s arch., 1848, p.428.
^ Theile, in üœmmemng's Encyclop. anat. [Jourdan’s Transi), 1843.
" Hyrtl. Lehrbuch.
= Wagner. Heusinger''s Zeitschrift, Heft. Ili, Bd. III, S. 345.
“ Theile, Hallett, Craveilhier, Wood, Macalister. ioc. eit.passim.
’ Frœlich, Nicolas. Bullet. de la Soc. des sc. de Nancy, 1891.
“ Cuyei. Bullet. de la Soc. d’anthropol. de Paris, oct. 1893, p. 467.
» Hervé. /5irf.,juin 1889, p. 405, et janvier-mars 1893, p. 40.
*“ Chudzinski. Revue d’anthropol., 1882, p. 280.
“ Struthers. References to paper in Anatomy. Edimbourg, 1889, p. 9.
Beaunis et Bouchard. Nouv. Élem. d’anat descript., 3® édit. 1880, p. 707.
Debierre. Soc. de Biol, de Paris, t. V, n» 19.
“ Laskowski, cité par M. Hervé.
Hyrtl. Anat. delV uomp, trad. ital. d’Occhini, p. 381
Calori. Mem. delV. Accad. delV Sc. di Rologna, 1868.
” Henle. Muskellehre cit.
Gegenbaur. Trait, d’anat. hum., trad. franc, de Julin, 1889, p. 446.
•“ Quain’s Anatomy [myology).
“ Bellini. Loe. cit. suprà.
Schwalbe et Pfitzner. Anat. Anzeîger, 1889-90-91-92-93-94-95.
-- Bianchi. Le Sperimentale, août 1886.
Souligou-v. Bullet. de la Soc. anat. de Paris, décembre 1895, p. 658.
40 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
drique ou fusiforme, large ou étroit, unilatéral ou bilatéral, il se ter¬ mine tantôt sur le tendon (disposition fréquente), tantôt sur le corps charnu (disposition plus rare), tantôt sur l’expansion aponévrotique du. biceps (disposition excessivement rare).
D’après Hyrtl, ce faisceau huméral annexe n’est rien autre chose qu’un faisceau du brachial antérieur séparé de ce dernier muscle par le nerf musculo-cutané dévié de son trajet normal. « Toujours lorsqu’il existe un chef huméral j’ai vu, dit-il, le nerf musculo- cutané passer entre ce chef et le brachial antérieur. » C’est une asser¬ tion conti’e laquelle je ne saurais trop m’élever. Le biceps peut pos¬ séder un faisceau huméral sans que le musculo-cutané soit dévié de son trajet (voy. M. coraco-brachial moyen, anomalies nerveuses du bras). 11 est faux, d’autre part , d’avancer qu’un nerf dévié de sa route peut soulever et détacher un faisceau musculaire ; il est faux d’avancer qu’un muscle normal ou anormal est perforé par un nerf. Une sem¬ blable manière de s’exprimer est vicieuse ; elle est contraire aux faits . Dans l’enchaînement des causes et des résultats,. c’est à l’anomalie musculaire qu’appartient le rôle initial ; en d’autres termes, Tano- malie du muscle est la cause, et non la conséquence de l’anomalie dans le trajet du nerf. Par suite, la perforation d’un chef anormal ou d’un muscle quelconque, comme le coraco-hrachial , par un nerf, ici le musculo-cutané, ne saurait être qu’une apparence. L’ap¬ parence vient de ce que, le tissu musculaire étant encore à l’état embryonnaire, des fibres et des faisceaux s’y sont développés en avant, en arrière et tout autour du nerf, englobant ce dernier sur une certaine longueur de son parcours et lui ménageant une sorte de canal que le nerf semble ainsi s’être creusé dans la masse même du muscle.
Cette explication est conforme aux données embryologiques actuelles concernant le développement des nerfs et des muscles des membres. Les nerfs des membres sont des branches des nerfs spinaux qui se prolongent dans les extrémités.
Cette pénétration a lieu de fort bonne heure, dès le 4“ jour chez le poulet'^. Or, à ce moment, les muscles des membres n’existent pas encore à l’état d’organes distincts ; leur matrice seul est présente sous la forme d’une lame cellulaire indifférente, émise par la lame muscu¬ laire proto-vertébrale et pénétrant à partir de cette lame dans le rudi¬ ment de l’extrémité (Kôlliker). Au sein de ce blastème primitif, les diffé-
Kôlliker. Embryologie, trad. franc., p. 625
MUSCLES DU BRAS
rents muscles prendront naissance, mais plus tard et sur place, englobant ou laissant en dehors d’eux, suivant les régions et les accidents du développement, les nerfs préexistants. Les muscles des membres de l’homme apparaissent seulement dans le cours du deuxième mois; ils sont encore pâles à cette époque et à peine distincts de leurs tendons.
Ce processus d’englobement limité par les faisceaux musculaires des branches nerveuses, improprement dites perforantes, permet en même temps de comprendre comment il suffit que quelques faisceaux ne se développent pas en leur lieu habituel pour qu’un nerf ne tra¬ verse plus un muscle, mais lui devienne simplement contigu. C’est ainsi que, dans un grand nombre de cas, le musculo-cutané ne traverse pas le coraco-brachial moyen. On ne saurait expliquer d’ailleurs par un autre processus la prétendue perforation par des nerfs d’organes tels que les os, dont le tissu acquiert au cours de leur développement une consistance très dui-eC
Sur une femme j’ai vu, des deux côtés, le chef huméral du long fléchisseur de l’avant-bras naissant de la face interne de l’os du bras se terminer sur le bord supérieur arrondi du grand orifice, dit hiatus semi-lunaire qui donne passage à la veine basilique. Enfin, dans un cas observé par Meckel, le long fléchisseur de l’avant-bras était fornié seulement par le chef huméral et le chef coracoïdien L
Le chef huméral du biceps provenant de la face interne du corps de l’humérus a été rencontré : 1 fois sur 9 sujets par Theile, 1 fois sur 13 par Hallett, 18 fois sur 173 par Wood, 1 fois sur 10 par Macalister, 11 fois sur 103 par Testut, 37 fois sur 319 par Schvi'albe et Pfitzner ® et 16 fois par moi et mes élèves, sur 200.
Réunissons tous ces chiffres :
Theile .
Hallett .
Wood .
Macalister . . . . , testut. .....
Schwalbe et Pfitzne L’auteur .
* Ainsi que Cruveilhier, Bock, Gruber et le professeur G. Hervé, j’ai disséqué des rameau-x: des branches du plexus cervical qui traversaient la clavicule.
* Meckel. Areh., 1826, p. 39.
“ Schwalbe et Pfitzner. Ameiger, IV, n" 23 (1889) ; îbid., VI, n“ 20 et 21, 1891 et Schwalbe's 'iiwrphologische arbeiten. Bd. III, 1894.
1 fois sur 9 sujets. 1 — lo¬ is — 175 —
1 — 10 —
11 — 105 —
57 — 519 —
16 — 200 —
105 fois sur 1033 sujets.
42 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Soit chez 10,1 p. 100 des sujets, proportion qui concorde avec celles de M. Testut (10,8 p. 100), de Wood (10,3 p. 100) et de MM. Schwalbe et Pfitzner (11 p. 100).
Dans la statistique des professeurs Schwalbe et Pfitzner où les hommes sont représentés par le chiffre 345 et les femmes par celui de 174, il est noté que le faisceau surnuméraire existait :
Chez 14 p. 100 des hommes des deux côtés ;
— 10 p. 100 des femmes —
— 16 p. 100 des hommes du côté gauche seulement;
— 17 p. 100 des femmes —
— 13 p. 100 des hommes du côté droit seulement ;
— 4 p. 100 des femmes —
Sur mes 200 sujets comprenant 110 hommes et 90 femmes, il était présent ;
Des deux côtés . . . chez 7 hommes ;
— • — 4 femmes ;
Du côté droit seulement . — 1 homme ;
— — 2 femmes ;
Du côté gauche seulement — 1 homme ;
— — 1 femme.
B. Biceps tricipital dont le 3® chef provient des parties molles de V épaule ou du bras. — Dans cette variété du biceps tricipital le chef en excès peut naître :
a) De la capsule de l’épaule (cas de Nicolas, et d’un de mes élèves, M. Robert). Theile a disséqué un biceps formé par deux chefs cora- coïdiens et par un chef inséré sur la capsule de l’épaule ;
P) Du tendon du petit pectoral (cas de Wood, de Macalister, 1 cas personnel) ;
y) Du tendon du grand pectoral (cas de Chudzinski) ;
S) Du bord inférieur du grand rond (cas du professeur Macalister) ;
e) Du deltoïde (2 cas du professeur Macalister *) ;
t.) Du brachial antérieur (cas de Wood, de Macalister, de Testut, de Horner plusieurs cas personnels) ;
).) Du coraco-brachial (plusieurs cas personnels) ;
* Dans un cas le chef en excès émanait à la fois de la face externe de l’humérus et du deltoïde, et dans un cas la longue portion du hiceps faisait défaut.
“ Horner. Loc. ciL, p. 417.
MUSCLES DU BRAS
43
[x) De la cloison intermusculaire interne (cas de Hyrtl, de Macalis- ter, de Quain% de Walsham) ;
v) Du rond pronateur (cas de Macalister, de Wood, de Clason-, de Testut, 2 cas personnels).
C’est à ce faisceau prolongé plus ou moins loin sons forme d’une lame aponévrotique très mince sur la face externe du rond pronateur que le professeur Struthers a donné le nom de M. brachio-fascialis. 11 en existe un bon dessin dans l’anatomie de Quain (pl. XXXV, fig. 5).
p) Du long supinateur. M. Kelly, de Dublin, a disséqué un faisceau de la longue portion du biceps dont l’extrémité inférieure trifide se tei’minait sur le long supinateur et l’aponévrose antibrachiale.
Anatomie comparée. — Le biceps reçoit un faisceau de renforcement venant de l’humérus dans le Myrmecophaga tamandua (Rapp®), le rhinocéros et quelques Chéiroptères (Macalister), Ycti (Humphry), Yorang-roux (2 fois sur S sujets disséqués par M. Chudzinski).
« Une exception intéressante au point de vue philosophique, et en pai’ticulier au point de vue de la comparaison des membres supérieur et inférieur est, a écrit Broca présenté par le gibbon. Les deux chefs du biceps brachial se comportent chez lui comme les chefs correspon¬ dants du biceps crui’al. Un seul faisceau vient du scapulum ; il n’y a pas de faisceau coracoïdien, le court chef étant représenté par un fais¬ ceau qui s’attache à l’humérus et à l’aponévrose intermusculaire interne. »
« Chez le gibbon, a écrit, d’autre part, M. Hartmann, le faisceau court ne naît pas toujours, comme on le dit, du trochin ou du tendon du grand pectoral (Huxley), mais de l’arête du trochin, en se reliant dans ce cas au grand dorsal, au trapèze, au brachial interne déjeté latéralement et au triceps brachial. »
Laquelle de ces assertions est exacte ? Elles sont trop affirmatives l’une et l’autre. Dans le fœtus de gibbon de M. Deniker le long fléchis¬ seur de l’avant-bras avait le mode de conformation du long fléchisseur de l’avant-bras humain normal. Dans le Gibbon cendré de Bischoff la courte portion était formée par deux faisceaux provenant l’un du petit trochanter, l’autre de l’apophyse coracoïde, auxquels faisait suite un
' Quain's Ânat., p. 270.
* Clason. Upsala Lâkareforenings Formidlingar, Bd. III, Hft. 2.
^ Rapp. Anatomische üntersuchungen iiber die Edentalen. Tnbingen, 1852.
* Broca. Les Primates.
44 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
tendon unique qui perforait le grand pectoral. Dans le gibbon du docteur Hepburn, le corps charnu du biceps dont la courte portion était insérée à la partie supérieure de la coulisse bicipitale recevait en bas des trousseaux de fibres de la cloison intermusculaire interne. Dans Y Ey lobâtes entelloïdes qui a été remis à M. Chudzinski pour le musée de la Société d’ Anthropologie de Paris, la courte portion nais¬ sait, comme dans le gibbon du professeur Huxley, du tendon du grand pectoral.
Le biceps est plus ou moins uni au long supinateur dans Y Ateles panisms (Macalister), au brachial antérieur dans le phoque (Hum- phry), au deltoïde dans Y Oryctérope du Cap (Galton).
Dans les Ursidés le biceps a les modes de conformation les plus variés. Il avait une tête glénoïdienne et une tête coracoïdienne chez les sujets disséqués par Cuvier et Laurillard ‘ et Shepherd Kelley et une tête glénoïdienne seulement chez le sujet disséqué par le profes¬ seur Testut. « Un ow's brun m’a offert une fois à gauche, dit Meckel, la tête simple comme à l’ordinaire et dépourvue du faisceau accessoire coracoïdien ; à droite il y avait au contraire un faisceau tendineux en haut, s’étendant de la partie supérieure du coraco-brachial au muscle principal. Chez unoiirs blanc, le coraco-brachial gauche se bifurquait, au contraire, et il y avait, à droite, outre la longue tête qui était très forte, une courte tête propre. Celle-ci avait son origine à côté du coraco-brachial et n’envoyait que vers le milieu du bras un faisceau à la longue tête avec laquelle elle se confondait ensuite à l’extrémité inférieure du bras. »
Biceps à quatre chefs. — Le biceps à quatre chefs est ordinaire¬ ment constitué par le chef glénoïdien, le chef coracoïdien, le chef huméral provenant de la face interne de l’humérus entre le coraco- brachial et le brachial antérieur et un chef provenant du trochin. J’ai rencontré le biceps ainsi conformé chez fi hommes (3 fois des deux côtés, t fois à droite et 1 fois à gauche) et chez 2 femmes (1 fois des deux côtés, 1 fois à gauche). Quatre des 18 sujets sur 175, examinés par Wood, possédaient un biceps pourvu à la fois d’un chef détaché de la partie moyenne de l’os du bras et d’un chef détaché soit du ti’ochin , soit de la coulisse bicipitale, soit de la face externe de l’os du bras, entre le deltoïde et le long supinateur. M. Macalister a vu la tête qui
* Cuvier et Laurillard. Ail. d'anal, comp., pl. LXXXIX (fig. 1 et 2).
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4b
naît de l’humérus, entre le coraco-brachial et le court fléchisseur de l’avant-bras, coexister, dans un cas, avec la courte portion dédoublée à son origine et la longue portion attachée au trochin ; et, dans un autre cas, avec les portions glénoïdienne et coracoïdienne normales et un trousseau musculeux descendant de la lèvre externe de la coulisse bicipitale. Un de mes anciens élèves, M. Girard, m’a montré la der¬ nière disposition sur les deux membres supérieurs d’une fillette. Elle a été constatée aussi par MM. Davies-Colley, Taylor et Dalton. MM. Cbudzinski et Kôlliker ont fait mention, chacun, d’un biceps qui était constitué par les deux portions bien conformées, un chef huméral fixé à la face interne de l’os du bras, entre le fléchisseur cubital et le coraco-brachial, et un quatrième chef inséré au tendon du grand pec¬ toral. Chez un sujet disséqué par le professeur Testut, ce chef pectoral renforçait un fléchisseur radial composé de deux têtes coracoïdienhes et d’une longue portion normale. Dans une observation de Theile il est l'elatéeque le biceijs brachii avait une portion glénoïdienne dédou¬ blée, une portion coracoïdienne indivise et un chef huméral venant de la face interne de l’humérus, entre le coraco-brachial et le court fléchisseur de l’avant bras.
Biceps à cinq chefs. — Les cas suivants ont été signalés :
a) Les deux têtes coracoïdienne et glénoïdienne normales étaient accompagnées du chef huméral le plus commun et de deux autres faisceaux provenant, l’un du deltoïde, l’autre de la coulisse bicipitale près du tendon du grand pectoral (Henle).
P) Au corps charnu du biceps formé, comme d’habitude, par la réunion au milieu du bras de la longue et de la courte portions bien conformées succédaient trois rubans musculaires dont l’externe, le plus large, était fixé sur le fascia semi-lunaire et le radius, le moyen, le plus petit, sur le long supinateur et la bourse séreuse bicipitale et l’interne trifurqué, sur trois points différents de l’apophyse coronoïde (Wood).
y) En plus du biceps normal il y avait un fléchisseur radial surnur méraire inséré par un tendon indépendant sur le radius et la tubéro¬ sité bicipitale et naissant par trois chefs : un, venant de la face interne de l’humérus, un de la face externe, le troisième de la courte portion du biceps (Pietsch').
* Pietsch. Journ. de médecine de Roux, t. XXXI, p. 31?.
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
S) La courte portion et deux chefs huméraux contribuaient à for¬ mer le corps charnu du biceps auquel succédaient deux tendons attachés séparément l’un sur le radius, l’autre sur le cubitus (Gruber).
s) Les deux portions glénoïdienne et coracoïdienne étant complè¬ tement développées, il existait un troisième chef huméral et une tête coracoïdienne renforcée elle-même par un faisceau émanant de la capsule de l’épaule (Testut).
On peut rapprocher des cas de Wood et de W. Gruber où le long fléchisseur de l’avant-bras était fixé à la fois sur le radius et le cubi¬ tus, ceux du professeur Macalister, de Sels, de.Rudolphi, de Hyrtl, de Pye-Smith, Howse et Colley, de Testut et de Kelly. Les voici :
Le professeur Macalister \ Sels® etRudolphi® ont trouvé un faisceau musculaire qui provenait de la longue portion et allait se fixer isolément au radius. Hyrtl ‘ a vu ce même faisceau terminé par deux tendons dont l’un se portait sur le radius et l’autre sur le cubitus. Pye-Smith, Howse et Colley ont disséqué des trousseaux de fibres du biceps qui se rendaient directement à l’avant-bras. Kelly et le professeur Testut ont signalé la possibilité de l’union du muscle précité et du grand palmaire par des fibres conjonctives ou aponévro tiques, M. Thébault® a fait mention d’un long- fléchisseur de l’avant-bras qui offrait trois faisceaux surnuméraires : un qui reliait la portion glénoïdienne au grand pectoral, et deux qui reliaient le corps charnu au brachial anté¬ rieur et à l’articulation scapulo-humérale.
Anatomie comparée. — Dans VEmys geographica (Macalister), les Paramèles^ le chœropus i^shaAxQT),\& Macro pus ruf/îco lis (var. Benetlï) (Galton), le Macropus giganteus (Meckel), le Dasypus sexcinctus (Gal- ton), VEchidna hystrix, VIguana tuberculata (Mivart), l’Hyène striée (Young et Robinson), le porc, le chat, le chien, le lapin, etc.®, le long fléchisseur du bras se fixe par deux tendons distincts au radius et au
' Macalister. Cat. cit. p. 83.
- Sels. Dissert. anal. muse. var. sistens, 1815, p. 12.
“ Rudolphi. Blumenbach’s mecl. bibl.. Bd. I, p. 176.
* Hyrtl. Oesterreich Zeitschrift, VIII, n- 20, 1862.
^Va&ûs.vli. Ballet, de la Soc. d'anthrop. de Paris, imWti 1893, p. 286.
“ Dans les espèces domestiques l’extrémité inférieure du biceps brachial se fixe à la tubé¬ rosité bicipitale du radius et à la base de l’olécrâne. Quant à l’expansion aponévrotique, elle existe, plus ou moins prononcée, dans toutes les espèces ; elle se perd sur l'extenseur antérieur du métacarpe constitué, on le verra plus loin, par les deux radiaux externes fusionnés.
MUSCLES DU BRAS
47
cubitus. Le long fléchisseur du bras des Chamæléonides (Sabatier), du fourmilier, du coati (Meckel) a également deux tendons inférieurs dont l’un (le cubital) s’unit à celui du brachial antérieur qui lui est contigu. Le biceps du daman, du -porc-épic, du hérisson, s’attache exclusivement au cubitus. Le tendon inférieur du biceps du murin, facilement séparable en deux ou trois tendons secondaires, s’insère à l’extrémité supérieure du radius dans une excavation triangulaire que présente cet os sur son bord antérieur et qui est déterminée par le rapprochement du radius et du cubitus soudés ensemble (Maison¬ neuve). — (Pour détails complémentaires, voyez le muscle suivant.)
BRACHIAL ANTÉRIEUR
Absence. — Cette absence a été notée par Voigt sur un sujet qui était privé de radius L Elle serait normale dans le tamandua, au dire de Rapp.
Variations des insertions supérieures. — Contrairement au profes¬ seur Krause, j’ai vu presque toujours le brachial antérieur s’insérer sur la face externe de l’humérus. L’empreinte deltoïdienne n’ayant pas la même étendue chez tous les sujets, il s’ensuit que le muscle en question qui se fixe au-dessous d’elle remonte plus ou moins haut sur le bras.
Anatomie comparée. — En anatomie comparée on pourrait définir le brachial antérieur « le muscle de la gouttière de torsion de l'humérus ». Dans l’espèce humaine sa direction spirale n’est pas évidente parce qu’il ne répond qu’à la partie inférieure de cette gouttière, est logé derrière le biceps et se termine par un tendon unique sur le radius. Mais cette direction spii-ale apparaît nettement chez les Animaux domestiques et principalement chez les Solipèdes et les Ruminants où le brachial antérieur naît de la base de la tête de l’humérus, passe de la face postérieure à la face externe, puis à la face antérieure de cet os et se place à côté du biceps pour se terminer à la fois sur le radius et le cubitus.
1 Voigt. Arch. f. Heilkunde, 1863. Leipzig, p. 27.
48 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Segmentation du muscle. — Le brachial antérieur peut être divisé en deux faisceaux longitudinaux, juxtaposés ou supei’posés, entière¬ ment ou partiellement distincts. L’un et l’autre ou l’un ou l’autre des deux faisceaux ainsi formés, peuvent se segmenter eux-mêmes en fais¬ ceaux secondaires. Ces faisceaux secondaires, auxquels on a donné les noms les plus divers [M. brachialis internus, Gruber ; M. brachialis internus minor , M. brachialis lateralis minor, Macalister, etc.), ont été étudiés d’une façon toute particulière par le professeurW. Gruber dans son mémoire « Ueber die varietœten d. M. brachialis anticus in Mém. de l'Académie de Saint-Pétersbourg, 1868, p. 528 [Mélanges biologiques, Xll, p. 363). Ce qui est cause que ces faisceaux ont été décrits sous des qualificatifs différents, considérés même par certains anatomistes comme des muscles autonomes, c’est l’extrême variabilité de leurs insertions inférieures. En fait ils dépendent tous du brachial antérieur, quelles que soient leurs insertions inférieures qui peuvent se faire soit :
I. Sur le cubitus seul (cas de Henleh de Weher-Hildebrandt, de Meckel, de Gruber, de Testut, de Macalister ^ deux cas personnels®).
II. Sur le radius seul (cas de Führer*, de Henle, de Chudzinski®, de Gruber, de Testut, de Macalister, d’Halbertsma, de Morel et Mathias DuvaP, de Morestin’, un cas personnel®).
III. Sur le radius et le cubitus. — Le brachial antérieur, qui présente cette malformation ou l’une ou l’autre des deux malformations dont la description suit, rentre dans la classe des muscles anormaux que les anatomistes anglais nomment « muscles tripartites ». Dans la mal¬ formation en question, deux faisceaux du brachial antérieur peuvent se
* Henle. Muskellehre.
- Vl^eber Hildebrandt, Meckel, Macalister. Cat. d'anatom., cit. p. 76, 77.
^ Les voici : 1° F., 23 ans, avriH885. — Le brachial antérieur droit estdivisé dans toute son étendue en deux chefs distincts, parallèles, d'égal volume, terminés chacun par un tendon attaché à la partie moyenne de la face interne de l’apophyse corono'ide. Le brachial anté¬ rieur gauche est normal.
2» H., 71 ans, décembre 1887. Le brachial antérieur de chaque côté se segmente, à un travers de doigt au-dessus de l’interligne articulaire du coude, en deux corps dont l’interne se fixe par un tendon très fort sur le tubercule de la face interne de l'apophyse corono'ide et l’externe, par une expansion aponévrotique très mince sur l’empreinte rugueuse située au-dessous du tubercule précité
' Führer. Cit. par Macalister in Cat. d'an.
“ Chudzinski. Revue d’Anthropologie, t. III, p. 28.
' Morel et Duval. Manuel de Vanat. cit.
’ Morestin. Bullet. de la Soc. anat. Paris, 1894, p. 1015.
* Dans tous ces cas l’insertion avait lieu soit au-dessous, soit sur la tubérosité bicipitale.
MUSCLES DU BRAS
49
porter sur le radius et un sur le cubitus (cas de Dawson^ de Weber- Hildebrandt, de Turner^) ou deux sur le cubitus et un sur le ra¬ dius.
IV. Sur le radius et une arcade fibreuse qui l’unit à l’apophyse coronoïde du cubitus. — M. Morestin a rencontré ce vice de dévelop¬ pement chez huit sujets sur soixante®. Je l’ai rencontré également plusieurs fois.
V. Sur le radius ouïe cubitus et le fléchisseur supei’ficiel des doigts. M. Macalister a disséqué un brachial antérieur dont deux faisceaux se rendaient au cubitus et un à la portion du fléchisseur superficiel destiné au médius. Sur le bras droit d’une femme j’ai vu le brachial antérieur se fixer par deux tendons au radius et par un troisième tendon sur le faisceau de l’annulaire du fléchisseur superficiel.
VI. Sur le radius et le rond pronateur. — Ce n’est que l’exagération de l’état normal ^ A cet ordre d’anomalie se rattachent les muscles fusi¬ formes étendus du hord externe du brachial antérieur au rond prona¬ teur trouvés par Macalister etWood et le « muscle quadripartite » de Clason®, dont deux faisceaux s’attachaient sur le radius, un sur le cubitus, un sur le rond pronateur.
VII. Sur le biceps (Voy. Biceps à trois chefs).
VIII. Sur l’aponévrose antibrachiale. — « J’ai vu sur de nombreux sujets, a écrit le professeur Gi’uber, soit des faisceaux détachés du brachial antérieur, soit de véritables muscles surnuméraires se jeter sur l’expansion antibrachiale, ou bien directement, ou bien en empi’un- tant l’expansion aponévrotique du biceps. J’ai vu leurs tendons deve¬ nir très forts et très larges, si larges même qu’ils recouvraient entiè¬ rement le paquet vasculo-nerveux. » Ce vice de conformation est, en effet, assez commun. Il a été signalé encore par Lauth ®, Hyrtl, Sœmmerring, Mac Whinnie, Theile, Struthers^, Wood, Nicolas, Chudzinski®, etc. J’en possède deux moulages pris par un de mes prosecteurs et un de mes élèves, MM. Bougrier et Servant.
' Dawson. Edimb. med. Journ., vol. XYIII, p. 82.
® Turner. Journ. of an. a7id.phys .,t. XIII, p. 362.
3 Morestin. Ballet, delà soc. an Paris, 1896, p. 261.
‘ Krause prétend avec raison que le brachial antérieur envoie toujours quelques fibres au rond pronateur.
“ Clason. Upsala, JMk. for Forandl. Bd. III, Ileft, 2.
» Gruberet Lauth. Muller's Arch., 1848, p. 427.
’ Struthers. Refer. in. anal.., cit. p. 9.
* Chudzinski. Revue d'Anthropologie, 1884 .
50 ' VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
IX. Sur la synoviale du coude (voy. M. tenseur antérieur de la syno¬ viale du coudé) .
X. Sur le long supinateur. — Le long supinateur et la partie inférieure du corps du brachial antérieur sont souvent reliés par un pont charnu au-dessous duquel passe le nerf radial. Cette malformation signalée par Macalister, Gruber, Struthers, etc. , a été observée des deux côtés, chez six femmes sur cent deux sujets par Wood et sur trois femmes (deux fois des deux côtés et une fois à droite) et deux hommes (une fois à droite et une fois à gauche) sur quati’e-vingts sujets * par moi. Theile a vu le faisceau musculaire fusiforme, qui se détache par¬ fois du bord externe du brachial antérieur, pour se porter sur le rond pronateur, se porter sur le long supinateur. Wood a disséqué une femme dont chacun des deux muscles brachiaux antérieurs était divisé en deux corps dont l’externe envoyait des trousseaux de fibres sur le long supinateur et le « bicipital semi-lunar fascia ® » . Le pro¬ fesseur Testut a noté la fusion à peu près complète du long supina¬ teur et du brachial antérieur. Sur des sujets examinés par Reid et Ta^loi le long supinateur provenait presque entièrement du muscle dont il s’agit L J’ai trouvé l’anomalie décrite dans la note ci-jointe par un de mes élèves :
« Extension en hauteur de chacun des deux longs supinateurs et fusion de leurs fibres avec celle du brachial antérieur.
« Les longs supinateurs se continuent sur la partie externe du bras, jusqu’au tiers supérieur de l’humérus. Leurs fibres sont : 1“ les unes, internes et plus courtes ; elles aboutissent au bord externe de la gouttière de torsion ou à la cloison intermusculaire externe, comme le muscle normal ; 2“ les autres, externes, s’étendent de l’aponévrose tendineuse commune à l’empreinte deltoïdienne en contractant, dans leur partie supérieure, des adhérences avec le brachial antérieur et en faisant saillie entre ce muscle et le vaste externe du triceps. »
Anatomie comparée. — Dans un mémoire intitulé : On the Dispo¬ sition and Homologies of the extensor and flexor muscles of the leg and foream qu’il a publié en mai 1869 dans le Journal of Anatomy and Physiology ^ le professeur Humphry a montré que la segmentation du brachial antérieur en deux faisceaux longitudinaux correspondant aux
* Dont 47 femmes, et 33 hommes.
’ Wood. Proceed. of the Roy. Soc., 1868, p. 497.
= Reid et Taylor. St Thomas’s hospital Reports, 1879.
MUSCLES DU BRAS
deux courts extenseurs du bras (vaste externe et vaste interne) établis¬ sait une analogie manifeste entre le groupe des fléchisseurs et le groupe des extenseurs de l’avant-bras.
La division du brachial antérieur en deux chefs distincts existe nor¬ malement dans les Crocodiliens (Sabatier), \&Dasyproctaci'istata{Wo.vi&), (Humphry, Wood), Vours (Testût), le lapin, lièvre, etc. Chez le murin le brachial antérieur « est constitué par une série de fibres musculaires composant des faisceaux très déliés et pour ainsi dire espacés entre eux » (Maisonneuve). « Le brachial interne du gorille et du gibbon, dit le professeur Hartmann, se partage en deux et même trois faisceaux L » Api’ès les dissections de MM. Hepburn, Bischoff, Vrolik, etc., cette affirmation n’est plus soutenable. Mais pour n’être pas constantes dans le gibbon, le gorille et les autres Anthropoïdes, les malformations du brachial antérieur de l’homme ne s’y retrouvent pas moins. Chez le fœhis de gorille disséqué par M. Deniker, le brachial antérieur était réuni par des fibres charnues au deltoïde et au triceps et par des fibres aponévrotiques, au long supinateur. La même disposition existait chez le gorille adulte et le chimpanzé àe, Duvernoy.Surle chim¬ panzé de Rolleston, une bandelette musculaire provenant du bord externe du court fléchisseur de Favant-bras allait se perdre sur l’apo¬ névrose antibrachiale. Sur le fœtus de gibbon de M. Deniker, le long fléchisseur de Favant-bras envoyait une expansion fibreuse sur le bra¬ chial antérieur et l’aponévrose antibrachiale. Pour Wood, Duvernoy et Deniker ces liaisons du brachial antérieur des Anthropoïdes « avec le deltoïde, d’une part, et le long supinateur d’autre part, sont relatives au grimper qui exige une transmission des efforts et des mouvements de la main au tronc par l’épaule » .
Une interprétation qui se base sur l’exception et non sur la règle ne vaut guère. Il faut, à mon sens, chercher ailleurs la raison d’être de la tendance à devenir externe qu’a, chez les Anthropoïdes et dans l’espèce humaine, le brachial antérieur, tendance révélée non seu¬ lement par ses anomalies musculaires, mais encore par ses anomalies nerveuses^. Où donc? Dans l’anatomie philosophique.
« Parmi les Mammifères, a observé M. Sabatier, le brachial antérieur est seulement cubital chez ceux dont le cubitus joue le rôle capital et presque unique dans la flexion du coude ; tels sont, avec l’homme, les
* Hartmann. Loc. oit., p. 127.
- La partie du brachial antérieur, qui naît en dehors de l’extrémité distale de l’humérus, est souvent innervée par le nerf radial.
52 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Singes, les Carnivores, Monotrêmes, dont le cubitus, très développé, forme la plus grande partie de la surface articulaire de l’avant-bras au coude et atteint la face de flexion de l’avant-bras à ce niveau par son apophyse coronoïde. Mais chez beaucoup de Mammifères non claviculés, tels que le cheval, les Ruminants, les Rongeurs, chez lesquels le cubitus perd de son importance et est retiré en arrière, abandonnant la face de flexion du coude pour la céder au radius, le brachial antérieur s’in¬ sère sur le radius en même temps que sur le cubitus et même parfois principalement sur le radius. »
Le brachial antérieur se fixe même sur le radius seul dans le platypus ‘ et le daman (Meckel).
« Les deux fléchisseurs de l’avant-bras des Animaux domestigues tendent, remarque M. Lesbre®, à identifier leur insertion inférieure, soit que le biceps lance une branche sur le cubitus, soit que le brachial antérieur prenne attache sur la tubérosité bicipitale du radius L » J’ajouterai pour être complet que, chez \e.s> Anoures et les Oiseaux, le biceps et le brachial antérieur ne forment inférieurement qu’un seul muscle dont le tendon s'attache à chacun des deux os de l’avant-hras, que chez Véchidné et Y ornithoryngue le court fléchisseur de l’avant- bras est constitué par les fibres profondes du long supinateur (Lanne- grâce), que chez le chien le tendon terminal commun du biceps et du brachial antérieur est « consolidé par un tendon de renforcement qui naît sur le bord interne de l’humérus droit au-dessus de la trochlée » (H. Ellenberger et H. Baum), que chez un cercopithèque, M. Testut a vu un faisceau détaché du brachial antérieur aller se perdre, à la hauteur du pli du coude, dans le long supinateur.
Perforation du muscle parle nerf musculo-cutané. (Voy. M, coraco- hrachial moyen et biceps à trois chefs.)
^ ' Meckel. Syst. dev Vergleich anat. Halle, 1828, dritt Theil, p. 525, et Anat. comp., édit, franc., t. V, p. 292.
® Lesbre. Loc. cit., p. 108.
MUSCLES DU BRAS
53
RÉGION POSTÉRIEURE
TRICEPS
Les Archives de Mtdler, de 1839, contiennent une courte mais excel¬ lente étude de Theile sur ce muscle. Les anomalies du triceps brachial se résument dans l’extension de ses insertions scapulaires, dans sa transformation en « quadriceps » par l’adjonction d’un faisceau surnu¬ méraire, dans la fusion de quelques-unes de ses fibres avec les fibres du grand dorsal, du grand rond, du cubital postérieur, de i’anconé ou de l’épitrochléo-olécranien.
Variations de l’insertion scapulaire. — Les fibres de la longue portion du triceps peuvent remonter jusqu’à lacapsulede l’épaule ou descendre au-dessous de l’empreinte triangulairé sous-deltoïdienne, sur le bord axillaire de l’omoplate dans une étendue de 2, 3, 4 et même 5 cen¬ timètres. Sur une négresse que j’ai disséquée (en mars 1897) la longue portion du triceps droit était normale, mais l’extrémité supérieure de celle du triceps gauche entièrement charnue s’insérait sur le hord axillaire du scapulum depuis la capsule de l’articulation scapulo-humé- rale jusqu’au voisinage du grand rond.
Anatomie comparée. — Dans les quatre Anthropoïdes disséqués par lé docteur Hepburn, le chef moyen du triceps naissait de la moitié ou du tiers supérieur du bord externe du scapulum. Chez le Troglodytes Aubryï « ses fibres supérieures formaient un faisceau aplati, à la fois épais et large, qui s’insérait par des fibres aponévrotiques très courtes sur toute la longueur du bord axillaire ». M. Testut l’a vu descendre, chez deux Cercopithèques^ jusqu’à 2 centimètres de l'angle inférieur de l’omoplate.
« Dans l’homme, remarque M. Lesbre', la longue portion du triceps est la plus faible ; elle localise son insertion supérieure en un point restreint du bord inférieur du scapulum, contre l’articulation de
5i VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
l’épaule, tandis que, dans les animaux, elle est de beaucoup la plus considérable et étend plus ou moins son insertion sur le bord du scapulum de manière à remplir plus ou moins complètement le sinus de l’angle scapulo-huméral . » Chez les Solipèdes, les Rumi¬ nants, le porc, cette longue portion est, en effet, vraiment énorme ; elle s’élève jusqu’à l’angle dorsal de l’omoplate ; elle en approche chez les Carnivores. Parmi les Animaux domestiques il n’y a guère que le lapin qui ait une longue portion du triceps cylindroïde et insérée sur un point restreint du scapulum, tout près de l’articulation de l’épaule.
On connaît le volume formidable de l’olécrâne des Solipèdes des Ruminants et du porc. Eh bien ! ce volume formidable est en rapport avec celui de la longue portion du triceps brachial : « Il semble, dit G. Cuvier, que cette grande force des extenseurs de l’avant-bras dans les Quadrupèdes tient à leur utilité dans le mouvement progressif ; ils remplissent dans ces animaux, pour l’extrémité antérieure, les mêmes fonctions que les extenseurs du talon pour l’extrémité postérieure, et ils font effort pour porter en avant le corps de l’animal quand le pied de devant a pris son point d’appui. Ces muscles n’existent pas dans les Cétacés, chez lesquels les deux os de l’avant-bras ne sont point mobiles sur celui du bras h »
Triceps à quatre chefs. — Le faisceau musculaire surnuméraire qui transforme le triceps en quadriceps peut provenir :
1° Dîi bord glénoïdien de l'omoplate. — Dans cette variété du triceps brachial à quatre chefs le chef en excès émanant, ordinairement, du bord axillaire au-dessous du tubercule glénoïdien ou au-dessus de l’angle inférieur de l’omoplate se jette soit dans la longue portion (cas de Testut^ deux cas personnels), soit dans la portion interne (cas de Bankart , Pye-Smith et Philips) % soit dans la longue portion et la portion interne (un cas des deux côtés, chez une femme).
Anatomie comparée. — Dans le fœtus de gorille de M. Deniker le triceps présentait cette particularité déjà signalée par Duvernoy dans le gorille adulte , « qu’il s’insérait sur le bord glénoïdien de l’omoplate par deux faisceaux distincts '' ».
* Cuvier. An. comparée.
* Testut. Trait, des an. musc., p. 417.
’ Bankart, Pye-Smith et Philips, Guy's hospit. Reports, t. XIV.
* Deniker. Loe. cit., p. 142.
MUSCLES DU BRAS
55
Une disposition identique a été signalée dans le fourmilier par Meckel, dans le siphneus par Milne-Edwai'ds*, dans le phoque par Duvernoy^ dans Y ornithorynque par Alix^.
2° De V apophyse coracoïde de V omoplate. — Un corps charnu étendu de l’apophyse coracoïde à la longue portion du triceps a été disséqué par Gruher.
Deux faisceaux contractiles ayant le même mode de terminaison mais émanant l’un de l’apophyse coracoïde , l’autre de la capsule de l’épaule, ont été observés par M. Macalister et par moi (chez un aliéné, à droite seulement).
Anatomie compakée. — Dans les Reptiles et les Amphibiens le triceps qui remonte parfois jusqu’à la capsule de l’épaule (Humphry) est accompagné par un faisceau musculaire qui s’étend du coracoïde à l’olécrâne. C’est le M. coraco-olecranalis Humphry, le Zweiter langer Kopf des Triceps de Pfeiffer, Vinnerer langer Kopf des dreikopfgers Streckers de Meckel , le triceps longus secundus de Haughton, Yex- ternum caput musculi tricipitis de Buttmann, etc. « 11 est, ditM. Hum- j hry, un exemple de la transformation d’un muscle fléchisseur en un muscle extenseur, comme le biceps crural (voy. ce muscle) est un exemple de la transformation d’un muscle extenseur en un muscle fléchisseur ; pour l’un comme pour l’autre, la modification de la fonc¬ tion a été la conséquence du changement de la situation et par suite’ des insertions » Charnu chez \e, cryptobranche., \q. crocodile, Y alliga¬ tor, etc., il paraît être remplacé par un ligament chez la généralité des Sauriens.
3° De la capsule de V épaule ou de V humérus. — Ici le faisceau sura¬ jouté relie le col de l’os du bras au vaste interne. On l’a vu cependant une fois se porter dans le vaste externe (Meckel, Arch., 1826, p. 39) et une fois faire suite à deux tendons naissant, l’un de l’apophyse cora¬ coïde, l’autre de la capsule de l’épaule (Blumenthal, Henle u. Pfeufefs Zeitschrift, 3 Reiche, XXXVI, p. 1).
Segmentation de la longue portion. — La segmentation plus ou moins complète de la longue portion du triceps en deux corps pourvus chacun
* Milne-Edwards. Loc. cit., p. 93.
“ Duvernoy. Reeh. anal, sur le phoque commun, p. 64.
^ Alix. Soc. philom. Paris, 1867, p. 137.
‘ Humphry. Observ. in Myol., cit. p. 34.
56 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
d’im tendon supérieur indépendant n’est pas rare dans l’espèce humaine. Je l’ai observée plus de vingt fois. Comme M. Macalister, j’ai vu le tendon supérieur suimuméraire se fixer tantôt à côté du tendon normal ou à une certaine distance de ce tendon, sur le bord axillaire de l’omoplate, tantôt sur la capsule de l’épaule. Dans un cas signalé par M. Macalister le tendon anormal fut trouvé « Splitting the capsu- lar ligament like the curved head of the rectus ‘ ».
Au total, la transformation du triceps brachial en quadriceps est due soit au dédoublement de la longue portion, soit au renforcement de l’une ou l’autre des trois portions par un faisceau provenant du bord axillaire du scapulum, de l’apophyse coracoïde, de la capsule de l’é¬ paule, de l’humérus ou de l’une et l’autre de ces parties.
Anatomie comparée. — Chez les Mammifères domestiques, le vaste interne et le vaste externe du triceps brachial sont beaucoup plus divergents supérieurement que chez l’homme, afin d'admettre entre eux non seulement l’artère humérale profonde et le nerf radial mais encore le brachial antérieur qui, comme je l’ai déjà noté (voy. M. brachial antérieur), s’élève dans la gouttière de torsion jusqu’à la base de la tête articulaire scapulo-humérale. En outre, le vaste interne plus ou moins réduit - se termine à part sur le côté interne de l’olé- crâne.
Dans le porc, le chat, le lapin, le vaste interne a cependant à peu près le même volume que le vaste externe, et remonte jusqu’au haut de l’humérus ; mais dans le chien, le vaste interne a déjà sensible¬ ment diminué, le vaste externe a déjà pris une grande prépondérance qui s’accentue encore dans les Ruminants et les Solipèdes.
Chez le chien et le chat les fibres du vaste externe, qui pi’oviennent du col de la tête humérale et sont juxtaposées au vaste interne, se diffé¬ rencient derrière l’os du bras et forment un faisceau musculaire auquel Strauss-Durckheim a donné les noms àéanconé moyen, les vété¬ rinaires allemands , celui Alanconé postérieur et le professeur Lesbre celui de brachial postérieur. Le dernier nom est évidemment préfé¬ rable.
* Macalister. Cat. cit., p. 79.
- Dans l’espèce humaine les deux vastes ont à peu près le même volume. Chez les Ani¬ maux domestiques le vaste externe s’élève jusqu’à la base de la tête articulaire humérale , en passant sous la terminaison du deltoïde et, de plus, est généralement plus gros que l’interne qui s’arrête vers la moitié ou le tiers supérieur de l’os du bras.
MUSCLES DU BRAS
87
' En disant naguère : Triceps brachial. . . .
f longue portion. I vaste externe.
( vaste interne.
t longue portion (droit antérieur), vaste -externe, vaste interne.
on évoquait une équivalence frappante entre le triceps du bras et celui de la cuisse.
Aujourd’hui, qu’un quadriceps crural ne saurait plus être rejeté (voy. ce muscle) il conviendrait peut-être d’admettre normalement dans la séi’ie animale, pour conserver cette symétrie, un quadriceps brachial. Pour cela, il n’y aurait qu’à reconnaître l’indépendance de l’anconé postérieur des Allemands et de lui attribuer, commele réclame M. Lesbre \ le nom de brachial 'postérieur, afin de ne pas rompre la consonnance terminologique des mots servant à désigner chacun des quatre chefs des deux groupes musculaires en question. On aurait dès lors :
Quadriceps brachial composé de ... .
! longue portion, vaste externe, vaste interne, brachial postérieur.
Quadriceps crural composé de.
i longue portion (droit antérieur), vaste externe, vaste interne, ci’ural antérieur.
« Le vaste interne du triceps brachial du Troglodytes Aubryï était composé de deux faisceaux presque parallèles séparés par un sillon dans lequel cheminait le nerf crural. »
Connexions plus intimes avec les muscles voisins .
A) Avec le sous-scapulaire (voy. ce muscle) .
B) Avec le grand dorsal (voy. Grand dorsal, M. dorso-éjnlrochléen).
C) Avec le grand rond (voy. ce muscle) .
D) Avec l’anconé (voy. ce muscle).
E) Avec le cubital antérieur. Cette malformation a été notée par Jenty®.
F) Avec l’épitrochléo-olécranien (voy. ce muscle).
' Lesbre. ioc. cit, p. 1 10 et 147.
- Jenty, cit. par Macalister in Cat. d'an, mmc., p. 79.
38
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
TENSEURS DE LA SYNOVIALE DU COUDE
Ils sont au nombre de deux, l’un situé en avant du coude [M. tenseur antérieur de la synoviale du coude) ^ l’autre situé en ai’rière [M. tenseur postérieur de la synoviale du coude). Logiquement ils devraient donc être étudiés, le premier, en même temps que les muscles de la région antéro-interne du bras, le second, en même temps que les muscles de la région postérieure du bras. En raison de l’identité des fonctions de l’analogie de structure et du peu d’importance du tenseur antérieur et du tenseur postérieur de la synoviale du coude je crois cependant qu’il n’est pas absolument défendu de les rappi’ocher.
TENSEUR ANTÉRIEUR DE LA SYNOVIALE DU COUDE
Syn. : Anconé antérieur; Sus-aneoné ; M. capsularis-sub-brachialis (Macalister).
Ce muscle a été découvert par Portai (Portai, Cours d’anatomie médicale, Paris, 1806). Il est ordinairement constitué par deux trous¬ seaux de fibrilles qui se portent de la partie inférieure de la face pro¬ fonde du brachial antérieur à la partie supérieure de la face antérieure de la synoviale du coude dont ils empêchent le pincement dans les mouvements de flexion de l’avant-bras. MM. Dawson Hewit ® l’ont vu toutefois naître en totalité de l’humérus. Sur cinq sujets que j’ai disséqués, dont trois hommes et deux femmes, il provenait à la fois du brachial antérieur et de l’humérus. Le tenseur antéiûeur de la synoviale du coude est, au surplus, un muscle très variable comme tous les muscles tenseurs des synoviales.
TENSEUR POSTÉRIEUR DE LA SYNOVIALE DU COUDE
Syn. : Sub anconœus (Theile) ; Musclé extenseur de la capsule articulaire du coude (Gegenbaur) ; Anconé postérieur.
Theile l’a décrit en ces termes : « Lorsqu’on coupe transversalement le triceps un peu au-dessus de l’articulation du coude et qu’on ren-
* Dawson. Edimb. med. and surg. Journ., vol. XYIII, p. 82.
“ Hewit. Cit. par M. Macalister in Cat. d’anom. musc.
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verse complètement la portion inférieure sur l’avant-bras, on découvre sans peine deux faisceaux musculeux, l’un externe, l’autre interne, dont tantôt l’un, tantôt l’autre est plus prononcé, qui naissent au-des¬ sus de la fosse olécranienne, près du bord externe et du bord interne de l’humérus, descendent en ligne directe et s’attachent à la capsule de l’articulation du coude, tout à fait séparés du triceps » Béraud en a également fait mention dans ses Éléments de physiologie de l’homme et des principaux Vertébrés ^ « Je dois, a-t-il écrit, signaler à l’atten¬ tion des physiologistes une série de muscles tenseurs qui jusqu’ici n’ont pas été envisagés d’une façon générale. Je veux parler des muscles tenseurs des membranes synoviales. DéjàWinslow avait bien indiqué un muscle tenseur de la synoviale du genou, mais on avait négligé ce détail, et quelques livres d’anatomie n’en faisaient même pas mention. Ce fait cependant m’avait toujours frappé, et dès 1847, j’avais dirigé mes recherches dans le but de reconnaître tous les points de l’économie où l’on trouve une disposition semblable à celle du genou. J’arrivai bientôt à pouvoir formuler cette loi : que partout où il y a une synoviale non revêtue par des fibres aponévrotiques, cette synoviale donne insertion à des fibres musculaires. Aussi, j’avais pré¬ paré un travail que je n’ai pas encore publié, dans lequel je montrais l’existence de divers muscles tenseurs des synoviales. J’ai constaté un muscle tenseur de la synoviale qui existe entre les apophyses articu¬ laires de l’atlas et de l’axis. La synoviale de l’articulation temporo- maxillaire, celle de l’épaule, celle du coude en arrière, celle du genou surtout où il y en a quelquefois deux, celle du pied sont pourvues de muscles tenseurs.
« Mais ce n’est point tout. On sait qu’il y a des bourses séreuses par¬ tout où se passe un frottement ; dans ce cas encore il y a des fibres musculaires qui viennent tendre la poche. La synoviale qui existe entre le tendon du biceps et la tubérosité bicipitale en est un exemple frappant. Ainsi, dans un cas, j’ai constaté qu’un faisceau musculaire bien distinct, animé par un nerf spécial, partait du bras en dedans du long supinateur et venait s’insérer par un tendon bien prononcé sur le cul-de-sac supérieur de cette synoviale. » Si je n’ai cité jusqu’ici le nom de Béraud qu’à propos du tenseur de la synoviale de l’épaule, c’est parce qu’il m’a été impossible de retrouver le tenseur de la syno-
* Theile. Muller's Arch., 1839, p. 428.
2 Béraud. Eléments de physiologie de l'homme et des principaux Vertébrés, 2“ édit. Paris, 1856, t. î, p. 247.
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
viale des apophyses ai’ticulaires de l’atlas et de l’axis et celui de l’arti¬ culation temporo-maxillaire et de me procurer le travail sur les muscles tenseurs des synoviales dont Béraud a annoncé, dans les termes précités, la publication. Peut-être Béraud, mort prématurément, n’a-t-il pas eu lé temps de publier ce travail.
Kulœnsky (BefcAm’s ^rcA., 1869) prétend que le tenseur postérieur de la synoviale du coude « est toujours une dépendance du triceps ». Sans doute le sous-anconé se détache le plus souvent de la face profonde du triceps, surtout de la face profonde du vaste interne, mais il peut se détacher aussi de la face postérieure de l’humérus et du triceps. 11 est, en général, composé d’un seul faisceau assez grêle, qui côtoie, pendant 1 ou 2 centimètres, la synoviale du coude avant de s’y insérer. Je ne nie pas qu’il puisse avoir le mode de conformation indiquée par Theile, qu’il puisse naîti’e exclusivement de l’humérus, qu’il puisse même être constitué par trois, quatre, cinq, six faisceaux ; j’affirme que ces dispositions sont exceptionnelles. Et, en cela, je suis absolu¬ ment d’accord avec M. Testut.
MUSCLES SURNUMÉRAIRES
Court et long eoraco-brachial.
Pour plus de clarté j’ai dû décrire en même temps que le coraco- brachial normal (le coraco-brachial moyen) le court coraco -brachial et le long coraco-brachial ainsi que leurs formes incomplètes. Je n’y reviendrai pas.
Épitroehléo-oléeranien.
Syn. : Epîlrochleo-anconœus (Gruber, Macalister) ; Anconœus epitrochlearis (Wood); Anco- nœus ÿwarto (Krause) ; Anconœus quintus (Rester) ; Anconœus sextus (Galton) ; Anconœus intemus (Humphry, Strauss-Durkheim) ; Anconœus parvus (Rapp) ; Aneoné interne- (Cuvier, Laurillard) ; Épitrochléo-cubital (Testut), etc.
Définition. — L’ épitroehléo-oléeranien est un faisceau contractile remplaçant, au-dessus du nerf cubital, la bandelette fibreuse qui
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réunit Je chef épitrochléen et le chef olécranien du muscle cubital antérieur.
Les dénominations 6! épitrochléo-cubital, à.' épitrochléo-anconé seraient applicables à l’épitrochléo-olécranien si celui-ci, comme son congé¬ nère, V épicondylo-cubital {anconé) descendait dans l’espèce humaine au-dessous de l’olécrâne ; celle fi anconé interne conviendrait, si divers auteurs ne qualifiaient ainsi le vaste interne du triceps brachiaP. C’est pourquoi je propose pour ce muscle le qualificatif nouveau et préek à' épitrockléo-olécranien.
Historique. — Bien que ce faisceau soit inscrit dans V Anatomie descriptive de Henle et de Luschka, c’est sans conteste au professeur W. Gruber, de Saint-Pétersbourg, que revient l’honneur d’en avoir compris la signification et donné, dès 1866, dans deux mémoires successifs, une desci’iption fidèle. Précédant de quelques années ces anatomistes, Malgaigne a bien écrit dans son Traité d'anatomie chirur¬ gicale : « En dedans, on trouve le muscle anconé, sorte de prolonge¬ ment du triceps, qui recouvre la gouttière osseuse constituée par l’olécrâne et l’épitrochlée, dans laquelle passe le nerf cubital. » Assu¬ rément, Malgaigne a voulu parler là d’un anconé interne; toutefois cet anconé interne, sorte de prolongement du triceps, est-il le même que le nôtre? C’est ce que nous discuterons ultérieurement.
L’épitrochléo-olécranien, sans connexion intime avec le triceps, a été vu encore dans l’espèce humaine, par MM. Wood, Galton, Maca- lister, Knott, Testut; et mes dissections, jointes à celles de ces savants collègues, me permettent d’en fournir un exposé assez complets
Forme et structure. — Ordinairement, il est constitué par une lame charnue, rectangulaire, transversale, plus ou moins épaisse, étendue de l’épitrochlée à l’olécrâne, à la manière d’un pont au-dessus du nei’f cubital, en remplacement de l’arcade fibreuse qui unit normale¬ ment le chef épitrochléen et le chef cubital du muscle cubital anté¬ rieur.
* Ea Allemagne le nom d'anconé est appliqué génériquement à tous les muscles exten¬ seurs de l’avant-bras, et l’on distingue : un long anconé, un anconé externe, un anconé interne, qui ne sont autre chose que les trois parties du triceps brachial, un anconé pos¬ térieur résultant du démembrement du vaste e.xterne (voy. U. triceps brachial) ; enfin, un petit anconé correspondant à l’anconé unique ou petit extenseur de l’avant-bras des auteurs français.
“ Voy. Le Double. Du muscle épitrochléo-olécranien et de sa signification {Mémoires et Bulletins de l’Académie de médecine et de la Société d‘ Anthropologie, mars 1891).
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Cette arcade est, en effet, un reliquat permanent du muscle anormal, de même que l’expansion fibreuse qui prolonge l’insertion du grand dursal jusqu’à l’épitrochlée est un rudiment du muscle dorso-épitro- chléen.
Au lieu d’être rectangulaire, l’épitrochléo-olécranien peut être carré, cylindroïde, fusiforme, digastrique (Testut, un cas personnel), triangulaire, la base du triangle qu’il forme étant située en dedans ou en dehors (plusieurs cas personnels).
Au lieu d’être charnu des deux côtés, il peut être, quelle que soit sa forme, charnu d’un côté et tendineux de l’autre, ou charnu ou tendineux des deux côtés, rudimentaire et représenté seulement par quelques fibres rouges pâles, aboutissant à un tendon aponévrotique interne ou externe.
Au lieu d’être transversal, il peut être oblique de haut en bas et de dehors en dedans, ou oblique de bas en haut et de dehors en dedans.
Au lieu d’être unique, il peut être constitué par deux faisceaux l’ec- tangulaires ou digastriques séparés dans toute l’étendue de leur trajet (Gruher, 1®” mémoire, pl. 1, fig. 9 ; un cas personnel) ou constitué par deux faisceaux séparés à l’olécrâne, mais fusionnés à l’épitrochlée.
Au lieu de se fixer exclusivement sur l’olécrâne et l’épitrochlée, il peut se fixer, en dehors, à l’olécrâne et à l’aponévrose antibrachiale, en dedans, sur l’épitrochlée et à la cloison intermusculaire interne du bras.
11 est toujours innervé par une branche détachée directement du nerf cubital, ou par un ramuscule des filets que le même nerf aban¬ donne à l’articulation du coude, ou au muscle cubital antérieur. Jamais je ne l’ai vu recevoir un filet du rameau que le nerf cubital fournit aux deux tiers internes du fléchisseur profond des doigts ni par un filet du médian ou du radial. Wenzel Gruber parle d’un sujet chez lequel la longue branche que le radial donne à l’articulation huméro-cubi- tale côtoyait le faisceau anormal sans lui fournir le moindre filet.
Fréquence. — Dans son premier Mémoire de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg (juin 1866), W. Gruber rapporte que, sur 100 sujets, soit 200 coudes qu’il a examinés dans l’espace d’environ un mois, il a trouvé l’épitrochléo-olécranien sur 34 sujets (sur 26 hommes et 8 femmes); dix-neuf fois il était bilatéral (chez IS hommes et chez 4 femmes) ; quinze fois unilatéral (9 hommes et 3 femmes le possédaient du côté droit, et 2 hommes et 1 femme du côté gauche).
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ce qui donne 33 cas sui’ 200 coudes. D’api’ès lui, il serait aussi d’ordi- naii’e plus développé chez l’homme que chez la femme, et chez l’un et l’autre, du côté droit que du gauche.
Wood [Variations in hiiman myologij observed diiring the winter session of 1867-1868 at King’s College, in Proceedings of the Royal Society, vol. XVI, n° 104, p. 497, 1868) l’a rencontré, en 1868, quatre fois sur 36 sujets, trois fois aux deux hras, une fois au hras gauche seulement ; en 1867, une fois sur 36 sujets*; en 1866, une fois sur 34 sujets; ce qui donne un total de six fois sur 106 sujets. Se basant sur sa statistique, si différente de celle de M. le professeur W. Gruber, le professeur John Wood estime que l’épitrochléo-olécranien est plus commun dans la race slave que dans la race anglo-saxonne.
De son côté, M. le professeur Macalister, pendant sa dernière année d’exercice comme démonstrateur d’anatomie au Royal College of sur¬ geons in Ireland, l’a observé bien plus communément que son com¬ patriote, plutôt une fois sur quatre qu’une fois sur cinq ; seize fois sur 63 sujets, ce qui permet de conclure, l’emarque cet anatomiste, à un degré approximatif de fréquence de quarante-huit fois sur 200.
Enfin, en 1881 , M. le professeur Testut, de Lyon, a disséqué 49 coudes appai’tenant à un nombi'e de sujets indéterminé et l’a rencontré avec un développement variable, douze fois.
En 1883, sur 13 régions du coude appartenant à 9 sujets, il l’a encore découvert quatre fois. En totalisant ces deux résultats, M. Testut arrive à la fraction 16/62, soit un peu moins de 1/4 comme représen¬ tant le degré de fréquence de cette anomalie.
Voici un exposé succinct des cas que j’ai observés depuis 1880 jus¬ qu’à 1888 inclusivement :
ANNÉE 1880
Femme, trente-cinq ans, phtisie; 20 décembre.
L’épitrochléo-olécranien est bilatéral, aplati, charnu, rectangulaire ; il s’insère en dedans, à la face postérieure du condyle interne de l’hu¬ mérus, sur un plan plus élevé que l’origine condylienne du muscle cubital antérieur. Il est innervé par un filet détaché des ramuscules articulaires du nerf cubital qui naissent dans la gouttière épitro¬ chléenne.
Homme, dix-huit ans, méningo-encéphalite traumatique ; 9 mars.
* Et non sur 34, comméra écrit M. Testut, de Lyon.
6t VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
L’épitrochléo-olécranien n’existe qu’à droite ; charnu dans toute son étendue, il est légèrement renflé à sa partie moyenne. 11 reçoit un filet du ramuscule nerveux de la branche qui se rend au muscle cubi¬ tal antérieur.
ANNÉE 1881
Homme soixante-quinze ans, hémorragie cérébrale; 17 novembre.
L’épitrochléo-olecranien est rudimentaire, mais se retrouve des deux côtés. Il est représenté par quelques fibres rouges contractiles, terminées par des trousseaux de fibres conjonctives fixées à l’épitro¬ chlée ; son rameau nerveux émane du tronc même du nerf cubital, à trois travers de doigts au-dessus de l’épitrochlée.
Homme, trente-deux ans, tuberculeux ; 23 novembre.
L’épitrochléo-olécranien siège exclusivement à droite ; entièrement charnu, il a la forme d’un triangle isocèle dont la base répond à l’épitrochlée et le sommet à l’olécrâne. Il est animé par un filet ner¬ veux provenant du tronc du nerf cubital.
Fille, trente ans, péritonite puerpérale; 30 janvier.
L’épitrochléo-olécranien, très étroit et bilatéral, charnu du côté de l’épitrochlée, est tendineux en dehors. Il est dirigé obliquement de bas en haut et de dedans en dehors, et s’attache à l’olécrane, immé¬ diatement au-dessous du triceps. Le nerf cubital lui envoie directe¬ ment un filet.
Homme, cinquante-trois ans, ataxique ; 30 janvier.
L’épitrochléo-olécranien est rectangulaire, charnu à sa partie moyenne, tendineux à ses deux extrémités. H se rencontre des deux côtés et est innervé par un filet qui se détache du nerf du muscle cubital antérieur, branche du nerf cubital.
ANNÉE 1882
Femme, ving-sept ans, métroiThagie ; 1“ décembre.
L’épitrochléo-olécranien ne se trouve qu’à gauche. H est constitué par deux ventres conoïdes réunis l’un à l’autre par un tendon. Dirigé obliquement de dehors en dedans et de haut en bas, il s’insère en dedans sur la portion sus-épitrochléenne de la cloison intermusculaire interne du bras et sur le condyle interne de l’humérus, et, en dehors, sur le bord interne de l’olécrâne et aussi sur l’aponévrose antibra¬ chiale. Le ventre supérieur mesure 23 millimètres ; le tendon inter¬ médiaire, 4 millimètres ; le ventre inférieur, 32 millimètres, ce qui
MUSCLES DU BRAS
donne, pour la longueur totale du muscle biventer, 61 millimètres: chaque ventre reçoit un filet nerveux distinct du nerf cubital.
Fille, onze ans, méningite tuberculeuse ; 20 décembre.
L’épitrochléo-olécranien est aplati, charnu dans toute son étendue, quadrilatère. Il est bilatéral. Un blet sensitivo-moteur lui est fourni par la branche articulaire huméro-cubitale du nerf cubital.
Homme, aliéné, soixante-quinze ans ; 3 février.
L’épitrochléo-olécranien n’existe pas à droite. Il est composé de deux faisceaux entièrement charnus, fusionnés en dedans. En dehors, le faiseau inférieur s’attache au bord interne de Folécrâne ; le faisceau supérieur à Faponévrose brachiale, sans se confondre avec le triceps. Chacune des bandelettes contractiles reçoit un filet nerveux distinct du nerf cubital.
En 1883 et 1884, j’ai été obligé, en raison du mauvais état de ma santé, d’abandonner la direction de l’amphithéâtre de l’École de méde¬ cine de Tours; mais jel’ai reprise en 1885, et, peu après, j’ai eu encore l’occasion de voir des spécimens intéressants du muscle en question.
ANNÉE 1885
Homme, fièvre typho’ide, quarante ans; 30 janvier.
L’épitrochléo-olécranien est exactement semblable à droite et à gauche. Épais, charnu, carré, il recouvre tout l’espace épitrochléo- olécranien, depuis le sommet jusqu’à la hase de Folécrâne. Il est animé par deux filets très ténus du nerf cubital.
Homme, vingt et un ans, suicide, coup de feu; 15 mars.
L’épitrochléo-olécranien n’existe qu’à droite. Il ne se compose que de quelques fibres d’un rouge pâle, formant un rectangle d’environ 2 centimètres et demi de largeur. Il est mû par un filet nerveux pro¬ venant du nerf du muscle cubital antérieur.
ANNÉE 1886
Homme, pneumonie, trente-cinq ans; 22 décembre.
L’épitrochléo-olécranien est bilatéral, charnu, mais un peu différent à droite et à gauche. Il est quadrilatère à droite, légèrement fusiforme à gauche; une des branches articulaires du nerf cubital lui fournit ün mince et court ramuscule.
66 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
ANNÉE 1887
Fœtus du sexe masculin; 12 janvier.
Uépitrochléo-olécranien est bilatéral et identique à droite et à gauche. 11 est triangulaire, charnu à sa partie moyenne, aponévro- tique à sa base et à son sommet. Son sommet est à l’épitrochlée ; sa base répond à tout le bord interne de l’olécràne. 11 reçoit un ramuscule du nerf cubital.
Homme de soixante-dix-sept ans, ramollissement cérébral; 20 jan¬ vier.
L’épitrochléo-olécranien est bilatéral, composé d’un mince trous¬ seau de libres musculaires, innervé par un ramuscule d’une des bran¬ ches articulaires du coude du nerf cubital .
Femme, soixante ans, cancer de l’estomac; 2 avril.
L’épitrochléo-olécranien se rencontre seulement à droite. Charnu dans toute son étendue, il est représenté par deux faisceaux confondus vers l’épitrochlée, mais distincts en dehors, où ils sont fixés, l’un à l’olécrâne, l’autre au fascia aponévrotique sus-jacent. 11 reçoit du nerf cubital un ramuscule unique qui va se perdre dans son intérieur pres¬ que au niveau du condyle inteime huméral.
ANNÉE 1S88
Homme, delirium tremens, trente ans ; 9 décembre.
L’épitrochléo-olécranien est trouvé à droite et à gauche sous forme d’une bande plate, rectangulaire, presque entièrement tendineuse, étendue du bord interne de l’olécrâne à l’épitrochlée. Le nerf du muscle cubital antérieur du cubital lui donne un petit filet.
Homme, saturnin, quarante-cinq ans ; 11 décembre.
L’épitrochléo-olécranien est bilatéral. Il est cylindrique, charnu, gros comme la phalangette du petit doigt. U ne des branches articu¬ laires du coude du nerf cubital lui abandonne un filet sensitivc- moteur.
Femme, pai’alysie générale, soixante-sept ans ; 19 janvier.
L’épitrochléo-olécranien n’est observé que sur le coude droit. Il est rectangulaire, tendineux à ses deux extrémités, innervé par un rameau détaché du nerf cubital à deux travers de doigt au-dessus de la gout¬ tière épitrochléo-olécranienne.
Jeune homme, tuberculose, douze ans ; 10 février.
L’épitrochléo-olécranien est semblable des deux côtés. Il est consti-
MUSCLES DU BRAS
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tué par une bande plate, musculeu.se, animée par un filet du nerf cubital.
Homme, cinquante ans, hernie étranglée ; 17 mars.
L’épitrochléo-olécranien est bilatéral, triangulaire, entièrement charnu, innervé par un filet du nerf du muscle cubital antérieur. La base du triangle qu’il forme se fixe à l’olécrâne et un peu aussi au bord postérieur du cubitus, et le sommet à l’épitrochlée.
Femme, quarante-deux ans, septicémie ; 2o mars.
L’épilrochléo-olécranien est minuscule, bilatéral, indiqué seulement par une quinzaine de fibres rouges allongées entre l'olécrâne et l’épi¬ trochlée. Le nerf cubital lui envoie un petit filet.
En 1889, je me suis préoccupé d’établir le degré de fréquence de cette anomalie, et, dans ce but, j’ai examiné ; en 1889, 40 sujets ; en 1890, 52 sujets; en 1891, 10 sujets; soit, en tout : 102 sujets ou 204 coudes.
Pour établir une statistique plus précise, j’ai disséqué ou fait dis¬ séquer la région interne du coude sur le même nombre d’hommes et de femmes, soit sur 51 hommes et 51 femmes. J’ai noté les modes de conformation les plus divers, mais tous se rapprochent de ceux indi¬ qués plus haut; aussi m’abstiendrai-je d’insister davantage sur ce point.
Sur les 102 sujets (hommes et femmes) examinés, j’ai rencontré l’épitrochléo-olécranien sur 32 (24 hommes et 8 femmes) ; 20 fois il était bilatéral (14 hommes et 6 femmes); 12 fois, unilatéral (chez 7 hommes et 2 femmes, il existait à droite ; chez 1 homme et 2 femmes, à gauche). Sur 204 coudes, je l’ai donc trouvé 52 fois; ce qui donne une moyenne approximative de 1 fois sur 4. Généralement, il était plus développé chez l’homme que chez la femme, et du côté droit que du côté gauche.
En me basant sur les recherches des professeurs Gruher, Wood, Macalister, Testut et sur les miennes, je crois donc avoir le droit d’affirmer :
1" Que l’épitrochléo-olécranien est aussi commun dans les races anglo-saxonnes que dans les races slaves, et dans celles-ci que dans les races latines;
2° Qu’on le trouve chez environ un tiers des sujets et sur un quart des hras;
3“ Qu’il est plus souvent bilatéral qu’unilatéral ;
4° Qu’il est plus fréquent chez l’homme que chez la femme ;
5° Qu’il apparaît plus ordinairement à droite qu’à gauche ;
68 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
6° Qu’il est généralement plus développé chez l’homme que chez la femme, et, toutes choses égales d’ailleurs, du côté droit que du côté gauche ;
7° Qu’il constitue l’anomalie musculaire la plus fréquente au bras chez l’homme.
Anatomie comparée. — L’épitrochléo-olécranien existe chez un grand nombre d’animaux, et cependant une certaine confusion persiste tou¬ jours dans la question de ses homologies. Et il y aura encore long¬ temps besoin, suivant les expressions du docteur Bust Wilder, « de plus de précision dans sa dissection » avant d’arriver à une lumière éclatante à cet égard. Quoi qu’il en soit, il n’en faut pas moins tenir grand compte des faits acquis. Je vais succinctement les exposer.
Le professeur Gruber a fait suivre la première des monographies qu’il a consacrées à V epiirochleo-anconœus de deux planches, l’une représentant cinq types différents de ce muscle dans l’espèce humaine, l’autre montrant la configuration de ce muscle chez Vinuui nemes- tmnus, Cebiis fatuellus, Galeopilhecus volans, Myogale moschala, Ursiis ardus, Felis leo, Felis domestica, Dasyurus viverrinus, Lepus thnidus, Dasyptis tricincius et Phoca viiidina.
Dans cette première monographie, il ne signale la présence de l’épitrochléo-olécranien que dans onze genres de Manvnifères seule¬ ment, y compris l’homme. Dans sa seconde monographie, parue un peu plus tard, le même anatomiste l’indique dans quarante-sept genres de Mammifères dont il donne la liste. [Nachtrag, OE., S. 334.)
A cette liste, M. Gai ton [Journal of anatomy andphysiology, novembre 1874, p. 170) a ajouté deux nouveaux genres, savoir : Phascolomys wombata, Echidna setosa et Cholopus didactylus, et fournit le dessin exact de cette même lame contractile chez le Myrmecophaga tamandua, dans lequel elle avait déjà été notée, mais sans croquis à l’appui, par Rapp, sous le nom à'a^iconœus parvus [Analomische TJntersuchungen uber die Edentalen, zte auf. S. 48, Tubingen, 18S2).
G. Cuvier et Laurillard ont aussi, dans leur magnifique atlas, signalé l’épitrochléo-olécranien dans seize genres de Mammifères. Ils le dissi¬ mulent toutefois sous tant de noms différents, et les dessins qu’ils en fournissent sont tellement imparfaits, qu’on est obligé de convenir avec M. Pouchet « que les travaux de ces naturalistes ne peuvent être ici que d’un faible secours ‘ » .
‘ Pouchet. Uém. sur le grand founnilier, l'® livraison, 1867.
MCSCLES DU BRAS
C’est chez les Édentés que l’épitrochléo-olécranien semble être le plus fréquent. 11 a été noté par MM. Mûrie et Gruber chez le Dasypus {Tolypentes) tricinctus^ ; par M. Galton et Cuvier chez le Dasypus sexcinctxis; par Pouchet, sous le nom de vaste interne, chez le grand fourmilier; par M. Galton et M. le professeur Humphry, sous le nom A’anconé interne, chez Vorycteropus; par MM. les professeurs Humphry et Gruher chez le manis [Journal of anatomy and physiology, vol. IV, p. 39) ; par M. Galton chez un très jeune Tatutia novemcinctus [D. peba); par le même et par les professeurs Humphry et Gruber chez le cydothurus; par MM. les professeurs Humphry et Macalister chez Vai [Ann. and Mag. nat. history, vol. IV, p. 59, 1869); par MM. Rapp et Gruher, chez le tamandiia. Enfin M. le professeur Hyrtl consacre au Chlamydophorus truncatus les lignes suivantes, sur lesquelles j’appelle l’attention. « Ceterum triceps non omnis metam suam in ole- crano attingit, sed crasso, lacerto ultra cubitum producto, internam. antebrachii regionem visitât, ubi tensoris fasciæ antebrachii munere fungitur. » [Deutchschrift der K. Ak., der Wiss. enWien,p. 27, XI Bd., 1855.)
Dans les Chéiroptères, il fait défaut ou est très rare. Quoi qu’en dise M. Testut, M. le professeur Humphry n’en fait pas mention chez le pteropus [Journal of anatomy and physiology, vol. VIII). M. le profes¬ seur Macalister n’en parle pas davantage dans son travail sur les Chéiroptères [Phil. Trans,, 1872), pas plus que mon ami et ancien collègue d’internat, M. le professeur Maisonneuve (d’Angers), dans sa thèse sur le Vespertilio murinus. M. le professeur Gruher le décrit, il est vrai, chez le galeopithecus ; mais ce mammifère est rangé aujour¬ d’hui par les uns parmi les Insectivores, par les autres parmi les Lémuriens.
Dans les Monotrèmes, ordre qui compte peu de sujets, l’épitrochléo- olécranien a été disséqué par M. le professeur Wood dans V ornitho¬ rynque, sur lequel Meckelne l’avait pas trouvé, et par MM. Mivart^ et Galton sur deux variétés ÜÉchidnés, de sorte qu’on peut présumer qu’il est commun dans cet ordre.
Chez les Ongidés, ce muscle ne paraît devoir se rencontrer que
' Mûrie. Traits. Lin. Soc., vol. XXX, tab. 25, üg. 32.
- On the anatomy of Echidna hystrix [Trans. Lin. Soc., vol. XXV). — Bien qu’il ne fournisse aucun dessin, M. Mivart désigne l’épitrochléo-olécranien en termes précis : « A dis¬ tinct slip of the triceps wich forms an arch (extending from the inner condyle to the olecranon) beneath wich pass the inferior profunda artery and the ulnar and médian nerves. »
70 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
rarement (peut-être ne Fy a-t-on pas assez cherché). Gratiolet a vu pourtant, chez V hippopotame , un faisceau musculaire comblant la gouttière épitrochléo-olécranienne, dans lequel divers anatomistes ont cru reconnaître l’épitrochléo-olécranien. « Chez l’hippopotame, dit-il, le vaste interne s’attache, d’une part, à l’une des faces latérales de l’olécrâne, et d’autre pai’t à l’humérus. Ses relations avec ce dernier os sont toutes particulières : il ne s’attache point à sa face postérieure, mais s’enroule sur sa face interne pour se terminer sur sa face anté¬ rieure jusqu’à la crête qui sépare cette face de la face externe. Cette disposition à l’enroulement est fort analogue à celle que présente le muscle supinateur, et il en résulte des conséquences pareilles. En effet, en rapprochant fortement Folécrâne de l’épitrochlée, le vaste interne est lui-même supinateur à un degré très prononcé. Rien n’est certainement plus curieux et plus digne de l’attention du naturaliste philosophe. » (Gratiolet. Recherches sur l'anatomie de l'hippopotame, p. 266, Paris, 1867.)
11 appert des dissections de Wood et Gruber, dont nous avons donné plus haut les résultats, qu’il est assez fréquent chez les Carni¬ vores, les Insectivores et les Rongeurs. Krause l’a mis à nu chez le lapin et dénommé anconœiis quartus. Moi-même je Fai trouvé chez le chat, le lièvre, le lapin, le rat. Chez le chat, le lièvre, animaux à vio¬ lentes extensions de Favant-bras, il est plus long, plus fort, et constitué par deux faisceaux entièrement indépendants du triceps : Fun, fixé à l’épitrochlée et au contour de la fosse olécranienne et sur le revers externe de Folécrâne, l’autre se terminant sur le côté interne de Folé¬ crâne. N’est-ce pas une disposition à rapprocher de celles où Fépi- trochléo-olécranien humain est formé de deux faisceaux dont l’un se prolonge en dehors sur l’aponévrose brachiale ou antibrachiale? Chez le lapin, ce muscle, partiellement recouvert par un des chefs du cubital antérieur, est plutôt carré que rectangulaire; chez le rat, il a la forme d’un rectangle à sommet épiti’ochléen ; ces modes de confi¬ guration sont comparables à certains observés aussi chez l’homme. Sur deux souris où nous avons cherché, mon prosecteur, M. Henry Barnsby et moi, cette malformation, nous avons vu la gouttière épi¬ trochléo-olécranienne comblée par un prolongement du vaste interne du triceps brachial qui allait se confondre avec les muscles internes de la région antibrachiale postérieure.
Très apparent chez les Lémuriens où il est le plus habituellement rectangulaire, comme dans l’espèce humaine, Fépitrochléo-olécranien
MUSCLES DU BRAS
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disparaît d’une façon à peu près complète chez les Anthropoïdes. Duvernoy, Vrolik, Church, Bischoff, Champneys, Hepburn, Deniker, Kohlbrügge n’en pai’lent pas dans les différents mémoires qu’ils ont publiés sur la myologie du chimpanzé, de l’orang, du gibbon et du gorille. M. Testut, de Lyon, l’a vainement cherché chez les deux Anthropoïdes {chimpanzé et orang) qu’il a disséqués jusqu’à ce jour. Dans sa broc hure : On the anatomy of the gorilla {Proc, of the Roy. Irish Acad., vol. I, série II, Sciences, p. §02), M. Macalister s’ex¬ prime ainsi : « Is no anconœus internus. »
D’autre part, Gratiolet et Alix l’ont découvert chez le Troglodytes Aubryï; M. le professeur Wood chez Torang, et M. le professeur Macalister chez un chimpanzé femelle, mais à l’état rudimentaire.
Chez les Anthropoïdes comme chez l’homme, il ne se produit donc qu’accidentellement.
En fin de compte, M. Testut a dressé, avec les noms des auteurs à l’appui, le tableau suivant des espèces animales dans lesquelles on rencontrerait, sous des aspects variés, l’épitrochléo-olécranien.
I. Primates.
Orang (Wood).
Troglodytes Aubryï (Gratiolet, Alix). Cercoyithecus (Grubei’).
Macaeus sinicus (Wood).
Inuus (Cuvier, Gruber).
Cynocephalus'^ (Cuvier, Gruber).
II. LÉ.MURIENS.
Lemur (Cuvier).
Tarsius (Burmeister).
Galeopithecus (Gruber).
III. Chéiroptères.
Pteropus (Humphry).
IV. Carnivores.
Aleles (Gruber).
Mustela (Gruber).
Lutra (Cuvier).
Viverra (Cuvier).
Herpestes (Gruber).
Felis (Cuvier, Strauss-Durckheim, Gru¬ ber, Wood).
Ursus (Gruber).
Panthera (Cuvier).
Putorius vulgaris, belette (Wood).
V. Pinnipèdes.
Phoca (Cuvier, Duvernoy, Rosenthal, Gruber).
VI. Insectivores.
Erinaeeus (Cuvier, Gruber, Wood). Sorex (Gruber).
Crocidura (Gruber).
Myogale (Gruber).
Talpa (Gruber, Wood).
VII. Rongeurs.
Bathyergus, rat-taupe (Cuvier). Arctomys (Cuvier, Gruber).
Rat de Norvège (W'ood).
Myoxus (Gruber).
Sciurus (Gruber, Wood).
Pteromys (Gruber).
Tamias (Gruber).
Spermophüus (Gruber).
’ Il n’existe pas, chez le Cynocéphale Anubis (Champneys). Les professeurs Testut et Shepherd ne l’ont pas rencontré dans Vours.
MUSCULAIRE DE L’HOMME
Dasypus (Cuvier, Gruber, Galton). Orycteropus (Cuvier, Humpbry). Myrmecophaga (Cuvier, Rapp, Galton, Pouchet).
Pangolin {GruheT, Humpbry).
Cholopm didactylus (Galton).
X. Marsupiaux.
Phaseolomys wombaia (Galton).
Didelphys (Gruber).
Dasyurus (Gruber).
Phalangista (Gruber).
Macropus (Cuvier).
Phascolarctus cinereus (Young).
XI. Monotrèmes. Ornithorhyncus (Alix, Wood).
Echidna (Galton, Alix, Mivart).
La confection d’une telle liste est bien prématurée, eu égard à nos connaissances actuelles sur les homologies certaines de l’épitrochléo- olécranien dans toute la série animale ^ . L’étude attentive des docu¬ ments fournis par les auteurs et mes dissections personnelles me font même me demander s’il n’y a pas, chez l’homme et chez les animaux, deux variétés d’anconés internes : l’un indépendant, l’autre dépendant du triceps brachial.
Que dit, en effet, M. le professeur Gruber, l’anatomiste le plus compétent sur ce point spécial : « L’épitrochléo-anconœus anormal de l’homme est l’homologue de l’épitrochléo-anconœus normal des ani¬ maux, et cette conclusion est confirmée par l’étude des filets nerveux qui l’animent. Chez l'homme, cependant, il est quelquefois un muscle indépendant, quelquefois un chef du triceps brachial, tandis que dans tous les autres Mammifères, il est indépendant. Chez l’homme, il a pour fonction de protéger le nerf cubital et les vaisseaux qui l’accompa¬ gnent, et de soutenir concurremment avec le triceps brachial et le ligamentum cuhiti medialis, la jointure du coude. Chez les autres Mammifères, il est adducteur de l’olécrâne ou supinateur de l’avant- bras, et sert à défendre de toute pression quelquefois le nerf cubital et les vaisseaux qui l’accompagnent, quelquefois le nerf médian et les. vaisseaux brachiaux. «
De son côté, M. Testut écrit : « Le muscle épitrochléo-cubital
* Dans cette liste figure à tort lepteropus et sont passés sous silence divers Mammifères sus-indiqués.
2 VARIATIONS DU SYSTÈME
Castor (Cuvier).
Crieetus (Gruber).
Mus (Gruber).
Merîones (Gruber).
Hypudœus (Gruber).
Lemnus (Gruber).
Dipus (Gruber).
Lepus (Gruber).
Hyslrix (Gruber).
Dasyproeta (Gruber).
Cœlogenys (Cuvier, Gruber).
VIII. Proboscidiens.
Éléphant (Cuvier).
IX. Édentés.
Bradypus (Gruber, Macalister, Hum- phry).
MUSCLES DU BR4S
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constitue, dans la majorité des cas, un muscle parfaitement distinct, comme aussi quelquefois il semble se confondre avec la portion infé¬ rieure du vaste interne; je crois que cette fusion n'est qu'apparente ; fai toujours trouvé pour ma part, même dans le cas où la fusion parais- sait intime, un interstice séparatif qui me permettait d'isoler les deux muscles. Cette indépendance du faisceau épitrochléo-cubital ressoi't encore de son mode d’innervation qui le rattache au nerf cubital (branche du médian, nerf fléchisseur), tandis que le triceps reçoit les branches du nerf radial. » En outre, M. Testut, dans les pages qu’il a consacrées aux anomalies du triceps brachial, ne note pas un seul cas de prolongement du vaste interne vers la gouttière épitrochléo-olécra- nienne.
Eh bien, ce prolongement du vaste interne vers l’avant-bras, com¬ blant la gouttière épitrocbléo-olécrani'enne, se trouve tout aussi bien chez les animaux que chez l’homme. Si l’on veut bien se reporter à mes recherches bibliographiques concernant le degré de fréquence de l’épitrochléo-olécranien dans les divers genres de Mammifères, on verra que ce prolongement du vaste interne du triceps vers l’avant- bras est signalé par M. le docteur Hyrtl chez le Chlamydophorustrun- catus ; qu’un vaste interne, indépendant de l’épitrochlée, est noté par Gratiolet chez Y hippopotame . J’incline aussi à croire que les faisceaux musculaires décrits chez le grand fourmilier, par Pouchet, sous le nom de vaste interne, et chez Vhyrax, par Mûrie et Mivart, sous le nom de quatrième chef du triceps brachial, ne sont pas des épitrochléo-olé- craniens types. Dans le même ordre animal, la sangle musculaire épi- trochléo-olécranienne et le prolongement du vaste interne du triceps brachial vers l’avant-bras peuvent coexister même ; dans l’ordre des Rongeurs, j’ai trouvé, ainsi que je l’ai dit plus haut, le premier chez le lapin, le second chez la souris.
Dans l’espèce humaine, le prolongement du chef interne du triceps brachial vers l’avant-bras a été observé trois fois par moi.
I. Femme, phtisie, vingt-sept ans; 5 décembre 188t. — A droite, le vaste interne du triceps brachial descend le long du bord interne de l’olécrâne sur lequel il s’insère ainsi que sur l’épitrochlée. Inférieure¬ ment, il se termine par une mince lame aponévrotique qui va se con¬ fondre avec l’aponévrose antibrachiale postérieure. Il ne reçoit aucun filet du nerf cubital au-dessus duquel il forme une masse charnue et épaisse. A gauche, le coude est normal.
II. Enfant, dix ans, carie lombaire ; 7 mai 1887. — L’anomalie est
74 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
bilatérale et identique à droite et à gauche. Le vaste interne du triceps adhère très intimement à la partie postéro-interne de l’olécràne par des fibres charnues épaisses aboutissant en bas et en dedans à une aponévrose nacrée qui se confond avec l’aponévrose antibrachiale et brachiale. Le nerf cubital ne lui fournit aucun rameau.
III. Ce cas est le plus curieux. D’un côté, en effet, il y avait un muscle épitrochléo-olécranien type, et de l’autre un prolongement du vaste interne du triceps brachial vers le chef externe du muscle cubital antérieur.
Je copie mes notes.
Homme, vingt-deux ans, garçon de café, péritonite tuberculeuse; 10 janvier 1891.
A droite, on trouve une bandelette charnue en dedans, aponévro- tique en dehors, étendue de l’épitrochlée à l’olécrâne, au-dessus du nerf cubital qui lui envoie, directement un rameau. Au niveau de l’épitrochlée, les fibres musculaires les plus inférieures vont s’unir aux fibres supérieures du faisceau épitrochléen du muscle cubital antérieur.
A gauche, le vaste interne du triceps s’attache à toute la longueur du bord interne de l’olécrâne, remplit tout l’espace épitrochléo-olé¬ cranien et va se confondre entièrement avec le chef exteime du cubital antérieur qui prend ses insertions sur l’olécrâne et le bord postérieur du cubitus. Il recouvre le nerf cubital dont il ne reçoit aucun filet et n’a que des rapports de voisinage avec l’épiti’ochlée.
Les deux coudes de ce sujet ont été disséqués les 11 et 12 jan¬ vier 1891 par deux de mes élèves MM. René Petit et Valla-Brochard et moulés, les mêmes jours, par mon prosecteur M. Henry-Barnsby. J’ai présenté à l’Académie de médecine ces moulages le 3 mars de la même année.
Je confirme donc ce qu’a dit Malgaigne dans son Anatomie chirur¬ gicale. « En dedans (du coude) on trouve le muscle anconé, sorte de prolongement du triceps qui recouvre la gouttière osseuse constituée- par l’olécrâne et l’épitrochlée dans laquelle passe le nerf cubital. » En même temps je revendique en faveur d’un anatomiste français l’hon¬ neur de la découverte de cette malformation dans l’espèce humaine.
En résumé, on peut observer à la face interne du coude, chez l’homme, deux trousseaux musculaires anormaux qui reproduisent une disposition similaire normale chez les animaux.
Le premier représente le muscle adducteur de l’olécrâne des Mam-
MUSCLES DU BRAS
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mifères, dont l’articulation du coude jouit de mouvements de latéralité, et s’il disparaît ou se réduit à un simple tractus fibreux dans l’espèce humaine, c’est que sa présence n’y est plus nécessaire.
Le second est une dépendance du vaste interne, une reproduction à la face interne du coude de la malformation constituée à la face externe par la soudure de l’anconé et du vaste externe. Il appartient au sys¬ tème du triceps brachial, tandis que l’épitrochléo-olécranien appartient au système du cubital antéi’ieur. Cette manière de voir est nettement établie par l’innervation différente des deux faisceaux musculaires anoi’maux en question : le premier reçoit ses branches motrices du cubital ou de ses rameaux collatéraux (nerf fléchisseur), le second du radial ou de ses rameaux collatéraux (nerf extenseur).
Tenseur de la synoviale radio-bicipitale.
J’ai rencontré, à droite et à gauche, chez 3 hommes et chez 2 femmes ce tenseur sur lequel Béraud a appelé le premier, je crois, l’attention. (Voy. M. tenseur postérieur de la synoviale du coude.) Chez 2 hommes et chez 1 femme, il était représenté par une languette musculaire très grêle provenant de la face profonde du long supina¬ teur, chez 1 homme par deux languettes musculaires, chez 1 femme par trois. Chez 1 homme et chez une femme je l’ai vu recevoir un ramuscule de la branche que le nerf radial fournit au long supina¬ teur.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
RÉGION ANTÉRIEURE
En anatomie humaine on considère toujours la main comme en supination, c’est-à-dire la paume regardant en avant, le pouce en dehors ; en anatomie animale on envisage la main comme constam¬ ment en pronation, c’est-à-dire la face palmaire touimée en arrière et le pouce en dedans, dans la position normale chez la généralité des êtres vivants. En anatomie humaine et en anatomie vétérinaire les termes antéiûeur, postérieur, externe et interne appliqués à l’extrémité distale du membre supérieur signifient donc le contraire. Pour être exact il faudrait dire : face palmaire, face dorsale, bord radial (côté du pouce), bord cubital ou ulnaire (côté du petit doigt) et désigner les os carpiens ou les doigts par leurs noms propres ou bien en les comp¬ tant toujours à partir du pouce.
Il convient d’observer de plus que chez les Mammifères qui n’ap¬ partiennent pas à l’ordre des Primates la mobilité et le développement relatifs des deux os de l’avant-bras ne sont pas les mêmes que dans l’espèce humaine. Ainsi, dans les Animaux domestiques, le cubitus est relégué à son extrémité proximale, derrière le radius, et ne concourt à l’articulation avec l’humérus que par sa grande échancrure sigmoïde, en sorte que le radius cori’espond à la fois au condyle et à la trochlée de l’humérus et porte l’apophyse coronoïde (d’ailleurs peu développée). L’extrémité distale du cubitus restant toujours du côté du petit doigt, le déplacement qu’il a éprouvé à son extrémité opposée a pour effet de diminuer le croisement des deux os en pronation ou même de le
78 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
faire disparaître : il existe encore, à un certain degré, dans les C arnivo7'e s ; msiïs, dans le lapiti^ \e porc, le?, Ruminants, \Qÿ, Solipèdes, les deux os sont parallèles, le cubitus en dehors et en arrière du radius. En même temps qu’ils se redressent ainsi, ils s’appliquent exactement l’un contre l’autre et s’immobilisent, grâce à un solide ligament interosseux ou même à une synostose plus ou moins com¬ plète. La main se fixe ainsi en pronation invariable. Le cubitus devient dès lors plus ou moins inutile à sa partie inférieure ; il s'atrophie et le radius se développe en compensation h Le terme extrême de cette évolution nous est donné par les Solipèdes, chez les¬ quels le cubitus est réduit, dans le tiers inférieur de l’avant-bras à un stylet excessivement grêle ; souvent même il paraît s’arrêter bien au-dessus du carpe ; mais si l’on examine de jeunes sujets, on cons¬ tate toujours, au côté externe de l’extrémité inférieure du radius, en arrière de la scissure de l’extenseur latéral un petit noyau, d’ossifica¬ tion spéciale qui marque évidemment l’épiphyse inférieure du cubitus.
En raison de ces faits, sur lesquels M. Lesbre s’est appuyé^ pour démontrer les défectuosités de la nomenclature anatomique humaine adaptée à la classification des muscles de l’avant-bras de la pluralité des Mammifères, il serait bon d’appliquer à la classification des muscles de l’avant-bras de l’homme, celle employée par Cuvier en anatomie animale, de diviser ces agents de mouvements : 1° en muscles prona- teurs et supinateurs (rond pronateur, court pronateur, long supina¬ teur, court supinateur) ; 2° en muscles se terminant sur le carpe ou le métacarpe (radiaux, cubital antérieur, cubital postérieur, grand et petit palmaire, long abducteur du pouce) ; en muscles allant jusqu’aux doigts (extenseurs propres ou communs, fléchisseurs propres ou communs).
Je m’en abstiendrai cependant pour ne rien changer aux habitudes reçues, mais pour éviter toute erreur, j’aurai soin, comme pour les muscles de la face et maints autres faisceaux insolites, de faire pré¬ céder l’étude de chacun des muscles antibrachiaux de sa synonymie aussi exacte que possible.
’ Voy. M. brachial antérieur.
■ LesLre. Loc. cit., p. 112.
MUSCLES DE L’AVANÏ-BRAS
ROND PRONATEUR
Syn. : Grand pronaleur (Bichat) ; Êpitroklo-radial ; (Chaussier) ; Pronalor leres (N. a.) ;
Pronator radii rotimdus ; Pronateiir oblique (Winslow), etc.
Absence de la portion coronoïdienne. — Cette portion toujours moins forte que la portion humérale est souvent absente, tendineuse ou rudimentaire.
Anatomie coMPAHÉE. — M. Macalister a publié, en 1867, dans le Jour¬ nal of Anatomy and physiologij (sér. 2, vol. I, p. 9), un mémoire très étendu sur la nature du faisceau coronoïdien du rond pronateur. J’emprunte à ce mémoire les lignes suivantes : « Pour ce qui touche l’anatomie comparée de ce faisceau coronoïdien, on ne le trouvera que très rarement chez les Animaux inférieurs, si on l’y trouve. . . Il n’était pas présent chez les Ruminants, les Pachydermes, les Cétacés, les Rongeurs que j’ai examinés; mais je n’ai pas eu l’occasion de constater s’il existe chez les Édentés. Parmi les Carnassiers, je l’ai vu faire défaut chez Y ours, le lion, le chien et le chat, et parmi les Quadrumanes, chez le Cehus capucinus et chez Macacus nemestrinus... Il semble donc être, dans sa nature, un muscle essentiellement humain. »
Comme complément j’ajouterai que M. Galton ne l’a pas rencontré dans le Dasypus sexcinctus ni dans Y Onjcleropus Capensi, M. Testut, dans Y ours brun d’ Amérigue, M. Maisonneuve dans le murin, M. Wood dans le bonnet-chinois, M. Champneys dans le Cynocéphale Anubis et qu’il manque fréquemment dans Xe.?, Anthropoïdes. Le Troglodytes Aubryï d’Alix et Gratiolet, les gorilles de Duvernoy, de Chapman ‘ et de Hep- burn, les gibbons de Bischoff, de Deniker et de Hepburn, Yorang du pro¬ fesseur Testut ne le possédaient pas.
Ce faisceau du rond pronateur appartient aune couche musculeuse pi’ofonde qui, chez beaucoup de Marsupiaux (Paramèles) et de Carni¬ vores s’étend dans toute la longueur de la face palmaire de l’avant- bras et dont la partie inférieure représente le muscle carré pronateur (Gegenbaur, Humphry, etc.).
« Les muscles supinateurs et pronateurs de l’av^ant-bras, a écrit M. Lesbre, n’atteignent leur complet développement que dans les
* Chapman. Procedings of theAcademy of natural sciences of Philadelphia, iZ’lQjp, 388.
80 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Primates, ils s’atrophient proportionnellenfient au degré d’immobilité des deux os de l’avant-bras l'un sur l’autre et finissent par disparaître complètement. »
Chez quelques sujets j’ai vu le nerf médian passer en avant de la portion coi’onoïdienne.
Indépendance plus complète des deux portions. — L’indépendance complète des deux portions depuis lèur origine jusqu’à leur termi¬ naison ou jusqu’au tendon radiai commun a été notée par Albinus, Sœmmerring, Tbeile, Meckel, Wood, Macalister et par moi. Rüdinger a même donné un excellent dessin de cette malformation ' .
M. le professeur Macalister qui voit dans la portion coronoïdienne du rond pronateur l’homologue de la tête tibiale du soléaire s’appuie sur la disparition et la différenciation fréquentes de cette portion pour admettre très logiquement qu’elle se développe aux dépens d’un « accessory embryogénie germ. »
Segmentation en deux de la portion coronoïdienne. ~ La division en deux du chef cubital, le reste du muscle étant normal, a été signalée en 1868 par M. Macalister, et en 1870 par M. Kelly. Dans le cas de M. Macalister l’artère humérale passait entre les deux faisceaux de la portion coronoïdienne dédoublée et le nerf médian, en avant du fais¬ ceau antérieur ; dans le cas de M. Kelly les deux faisceaux de la portion coronoïdienne dédoublée étaient situés en arrière du nerf médian. 11 est à remarquer que dans les Oiseaux, notamment dans le milan, il n’y a que les branches du médian représentant le nerf cubital qui tra¬ versent le rond pronateur (Humphry).
Sésamoïde dans le tendon huméral. — La présence anormale d’un os sésamoïde dans le tendon huméral du rond pronateur constatée par Hyrtl ^ et Scheuzer ® et l’apparition d’un os semblable dans le tendon fémoral du soléaire sont une nouvelle preuve de l’homologie de ces deux muscles.
Variations des insertions. — Quand l’humérus possède une apophyse
* Rüdinger. Veher die Muskeln dev. Vordern Extremitaten, etc., Haarlem, 1868, taf. IS^ fig. 37.
- Hyrtl. Loc. cil. suprà.
® Scheuzer, cit. par Sœmmeiring, p. 259.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
sus-épitrochléenne le rond pronateur se prolonge presque toujours sur le ligament qui la rattache à l’épitrochlée. Cette proposition formullée par le professeur Gegenbaur ne souffre guère d’exception. L’extension de l’insertion supérieure du rond pronateur le long du cordon fibreux qui l’unit au condyle interne a été rencontrée par :
MM. Macalister . chez S sujets sur 5
Testut^ . — 11 — 12
L’auteur . — 6 — 6
Soit . 22 sujets sur 23
' Nuhn a vu le chef brachial provenir de la moitié inférieure du bord interne de l’humérus®.
« L’insertion radiale du rond pronateur, dit Gruveilhier, est très variable pour la hauteur, et ses variations portent sur toute la longueur du tiers moyen de l’os » Dans un cas de -difformité congénitale de l’avant-bras elle avait lieu sur l’extrémité inférieure du radius (Koster)^.
Anatomie COMPARÉE. — Meckel prétend que. dans les Singes le rond pronateur atteint le cinquième moyen du radius. 11 en est ainsi chez les Singes inféneurs mais non chez les Anthropoïdes. MM. Champneys etHepburn ont seuls rencontré cette extension de l’insertion inférieure du rond pronateur vers le poignet chez les deux Chimpanzés eiVOrang qu’ils ont disséqués.
Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — M. Macalister a disséqué un rond pronateur dont le chef coronoïdien était formé par deux faisceaux, dont l’un se perdait sur le chef huméral et l’autre sur le grand palmaire. Brug- none a vu le même chef coronoïdien recevoir des fibres de renforce¬ ment de la face antérieure du radius et du cubitus.
Le chef épitrochléen a souvent une seconde tête provenant soit :
a) De l’humérus ;
P) Du brachial antérieur;
y) Du grand palmaire ;
S) Du fléchisseur commun des doigts.
* Testut. L'apophyse sus-épitrochléenne chez l’homme. Paris, 1889.
* Nuhn. Vntersuchungen u. Beobacht. aus. dem gebiete der anat., p. 20.
’ Gruveilhier. Anat. descript., édit., t. II, p. 263.
* Koster. Nederlandsch. Weekblad. voor. geneeskunde. 1856, p. 125.
82 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME-
Voss de Christiania a disséqué un sujet où cette seconde tête prove¬ nait de l’humérus, au-dessus de l’apophyse sus-épitrochléenne h Otto a rencontré un ruban musculaire qui reliait l’extrémité supérieure du rond pronateur à la portion radiale du fléchisseur sublime Hyrtl a trouvé un rond pronateur qui avait trois têtes d’origine, une naissant de l’humérus, au-dessous du coraco-brachial, une de la cloison inter- musculaire interne, une, de l’épitrochlée ^ Dans un cas obsei’vé par M. Macalister, le muscle en question avait aussi trois têtes d’origine, mais une venait du biceps et les deux autres de l’épitrochlée et de l’humérus
Anatomie comparée. — En traitant du petit palmaire, je démontrerai que le rond pronateur, le fléchisseur superficiel, le grand palmaire, le petit palmaire et le cubital antérieur dérivent, dans les Vertébrés infé¬ rieurs, d’une même couche musculeuse qui s’étend du bras à la main ipronato-flexor mass, de Humphry). Dans les Oiseaux, le rond prona¬ teur est représenté par deux faisceaux qui se fixent à l’humérus, tantôt par un tendon commun, sur un seul tubercule (Gallinacés), tantôt par deux tendons distincts sur deux tubercules isolés (Pigeons, Passereaux, Perroquets, Rapaces).
Chez le cryptohranche , Vunau, le fourmilier, il remonte encore plus ou moins haut sur le bord interne de l’humérus (Humphry) .
La plupart des dernières anomalies du rond pronateur humain se retrouvent, au surplus, à l’état anormal dans \e,% Anthropoïdes. Chez le gorille de Bischoff les fibres les plus élevées du rond pronateur prove¬ naient du brachial antérieur. Chez le fœtus de gorille de Deniker, le fléchisseur superficiel s’insérait à la fois sur l’épitrochlée et sur le rond pronateur. Le chef cubital du muscle en question naissait, chez un orang disséqué par Wood, avec le grand palmaire et le fléchisseur superficiel, par un tendon commun de l’apophyse cox’onoïde et fournis¬ sait avant de s’attacher au radius, un faisceau au fléchisseur de l’index L Chez le gibbon du docteur Hepburn, le chef cubital était inséré à la fois sur la face antérieure et le bord externe du radius.
* Voss. ttorsk Magazin for Lœgevidenskaben, Bd. 10, lift. II.
' Otto. Neue. Sait. Beobacht. Heft. I, p. 90.
Ilyrtl. OEsterreich Zeitschrift, \o\. VIII, ii“ 20.
' Macalister. Cat. cit., p. 8i.
“ Wood. Pi'oc. of. tke. Roy. soc., juin 1868, p. 498.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
83
GRAND PALMAIRE
Syn. ; Radial antérieur ; Épiiroklo-métacarpien (Chaussier); Flexormanus radialis ; Radial interne, Flexor carpi radialis (N. a.); Fléchisseur interne du métacarpe des vétéri¬ naires.
Variations des insertions. — Sur lOS sujets comprenant SS hommes et SO femmes que j’ai examinés en 1879, j’ai vu les insertions supé¬ rieures du grand palmaire, demeurer invariables alors que les insertions inférieures se faisaient :
11 fois sur le trapèze, 6 fois chez l’homme (4 fois des deux côtés, 2 fois à droite), 5 fois chez la femme (3 fois des deux côtés, 2 fois à gauche) .
4 fois sur le 3® et le 4'’ métacarpien, 2 fois des deux côtés chez 2 hommes et 2 fois du côté gauche chez 2 femmes.
1 fois sur le ligament annnlaire du carpe (chez un homme, à droite).
1 fois sur le scaphoïde (des deux côtés, chez 1 homme).
1 fois sur le ligament annulaire et le scaphoïde (des deux côtés chez 1 femme).
9 fois sur le trapèze et le 2“ métacarpien, 7 fois chez l’homme (S fois des deux côtés, 1 fois à droite, 1 fois à gauche), 2 fois chez la femme (1 fois à droite, 1 fois à gauche).
1 fois sur les 2% 3" et 4*’ métacarpiens, chez 1 femme (des deux côtés).
1 fois sur le 2“ métacarpien et le radius, chez 1 homme (des deux côtés).
Au total, sur mes 105 sujets les insertions inférieures étaient irrégu¬ lières chez 29 dont 18 hommes et 11 femmes (18 fois des 2 côtés, 6 fois à gauche, 4 fois à droite). L’anomalie la plus commune était constituée par l’attache partielle ou totale du tendon inférieur sur le trapèze.
C’est aussi celle qui a été signalée par le plus grand nombre d’ana¬ tomistes, par Alhinus, Loschge, Fleischmann, ïheile, Hyrtl, Henle, Testut, Macalister, Struthers (communication écrite), etc. M. Maca- lister a vu le grand palmaire se terminer sur le 3“ et le 4“ métacarpien etM. Fleischmann sur le ligament annulaire et le scaphoïde. M. Maca¬ lister m’a déclaré avoir disséqué un grand palmaire dont le tendon
84 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
inférieur était constitué par deux branches, dont l’une se portait sur le 2® métacarpien et l’autre sur le ligament annulaire du carpe. Chez un sujet où la main n’était composée que du pouce et de deux doigts, Friedlowsky a noté l’insertion de ce tendon au « scapho-ü’apezium‘ ». Il était fixé sur l’extrémité inférieure du radius dans le cas de diffor¬ mité congénitale de l’avant-hras observée par Koster.
Anatomie comparée. — Chez le cryptobranche le segment radial de la couche superficielle de la pronato-flexor mass duquel dérive le rond pronateur et le grand palmaire se prolonge sur la face antérieure et le bord externe du radius jusqu’au poignet et même sur le bord externe des deux cartilages radiaux du poignet (voy. M. palmaire grêle). Dans l'ours brun d'Amérique (Testut) &il'unau (Humphry), le grand palmaire se termine sur le scaphoïde ; dans le Dasypus sexcinctus sur le trapézo-trapézoïde^ (Galton) ; dans la sarigue sur le trapèze et le 2® métacarpien (Meckel) ; dans Véchidné, sur le trapèze, le scaphoïde , le 2® et le 3® métacarpien (Alix) ; dans le murin, sur le trapèze et l’os sésamoïde situé au-dessus de lui (Maisonneuve) ; dans le chat sur le 2® et le 3® métacarpien (Strauss-Durckheim); dans V Oryctérope du Cap; sur le métacarpien de l’index et l’apophyse styloïde du radius (Galton); dans le phoque, sur le scaphoïde, le 1®® et le 2® métacarpien ; dans les Solipèdes, sur la tête du métacarpien l’udimentaire interne lequel correspond à l’index disparu ; dans le porc, sur le grand doigt interne (médius); dans les Ruminants, sur le côté interne de l’os canon, os résul¬ tant de la coalescence du médius et de l’annulaire; dans le Singe pro- boscide , sur le 2® et le 3° métacarpien®. Dans chacun des quatre Anthropoïdes disséqués par M. Hepburn , il se perdait sur le 2® et le 3® métacarpien.
Chez presque tous les Rongeurs et les Carnivores, il se termine comme chez l’homme sur l’extrémité proximale du métacarpien de l’index.
Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Le grand palmaire peut être uni dans une étendue plus ou
* Friedlowsky. Sitzungsberichte der K. Akad. der. Wissenscli mathematxseh-malurvjxs- sensck. Classe. Bd. lix. Wien, 1869, 532.
“Dans le Dasypus sexcinctus le carpe n’a que sept os par suite de la fusion du trapèze et du trapézoïde (voy. Cuvier : Ossements fossiles, p. 127, et Owen : Monographie du Mijlodon. robustus. Londres, 1842, p, 97).
’ Humphry. Journ. of anat. and. phys., vol. IV, p. 42.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
moins grande avec l’un ou l’autre des muscles épitrochléens qui l’avoi¬ sinent (jpetit 'palmaire, rond pronateur, fléchisseur superficiel des doigts) ou recevoir un faisceau de renforcement provenant soit : a) Du biceps (voy. ce muscle);
P) Du brachial antérieur (voy. ce muscle);
y) Du radius, au-dessus de l’insertion du fléchisseur superficiel ;
S.) Du cubitus, de l’apophyse coronoïde avec le faisceau coronoïdien du rond pronateur qu’il remplace quelquefois.
Le professeur Macalister a disséqué un sujet chez lequel le muscle en cause avait trois têtes d’origine : une naissant du biceps et de la face profonde du fascia semi-lunaire, une de l’épiti'ochlée et une de l’apophyse coronoïde. J’étudierai plus loin les faisceaux, que le grand palmaire peut envoyer à l’abducteur du petit doigt (voy. ce muscle) .
Anatomie comparée. — Dans le Troglodytes Aiibryï, « le grand pal¬ maire s’insérait non seulement à l’épitrochlée mais encore, au-dessus du rond pronateur, à toute cette partie de la face palmaire du radius qui est comprise entre la tubérosité bicipitale et la partie moyenne du radius ». Chez le gorille, Vorang et le gibbon du docteur Hepburn, le grand palmaire avait un chef d’origine supplémentaire provenant de la ligne oblique du radius , immédiatement en dedans de l’insertion du rond pronateur. Sur une femelle à’orang disséquée par "Wood, le grand palmaire naissait avec les faisceaux coronoïdiens et radiaux du fléchisseur sublime de l’apophyse coronoïde et du bord antérieur du radius ‘ .
PETIT PALMAIRE
Syn. ; Palmaris longus (Albinus, N. a.) ; Épitroklo-palmaire grêle; Èpilrochléo-carpi- palmaire (Dumas).
Absence. — Il n’est pas un anatomiste qui ne l’ait constatée plu¬ sieurs fois. Elle a été signalée, avant 1S93, par Columbus sur des voleurs [De Re anatomicâ, 1593, lib. V, p. 288). ’Wood l’a observée 9 fois sur 102 sujets.
t Wood. Proc, of theRoy. soc., 1867, u» 93, p. 527.
VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
W. Gruber a publié deux monographies sur le petit palmaire : une en 1868 [Mémoires de V Académie Impériale de St-Pétersbourg, 23 jan¬ vier 1868), et qui-a trait aux principales variations de ce muscle; une, en 1879 [Beobachtungen aus der menschlichen und vergleiehenden Anatomie. Berlin, 1879, p. 23-39) et qui est une statistique des cas de suppression de ce muscle. On peut mettre en parallèle de cette statis¬ tique celle qu’ont publiée, en 1894, MM. les professeurs G. Schwalbe et W. Pfitzner de l’Université de Strasbourg U
Sur 1,400, par Gruber, le petit palmaire manquait chez 178 Sur 520, par les professeurs Schwalbe et Pfitzner chez 106
Proportion centésimale, p. 100
qui donne 12,7 - 20,4
Les 1400 sujets de Gruber comptaient autant d’hommes que de femmes, tandis que les 520 sujets de Schwalbe et Pfitzner comptaient
344 hommes et 176 femmes.
Proportion
centésimale.
Hommes. p. 100
Sur les 700 de Gruber le petit palmaire manquait chez 75 ce qui donne 10,7 Sur les 344 de Schwalbe et Pfitzner — — 66 — 19,3
Femmes.
Sur les 700 de Gruber —
Sur les 176 de Schwalbe et de Pfitzner —
103 — 14,7
40 — 22,7
Sujets
(hommes et femmes)
Sur 700 de Gruber
Hommes
examinés.
Sur 330 par Gruber
Femmes
Sur 350 par Gruber
^ 78 fois à droite 11,1 \ 100 fois à gauche 14,3
( 31 fois à droite 8,9 I 44 fois à gauche 12,6
i 47 fois à droite 13,4 ( 56 fois à gauche 16,0
Pour ma part j’ai noté (années 1883-1884-1885 et 1886) le défaut de présence du muscle en question 64 fois sur 260 sujets comprenant un nombre égal d’hommes et de femmes.
Il n’existait pas à droite chez . 6 hommes.
— à gauche chez . 8 —
— à droite ni à gauche chez ... 10 —
Soit . 24 hommes sur 130.
Il n’existait pas à droite chez . 9 femmes.
— à gauche . 14 —
— à droite ni à gauche . 17 —
Soit . 40 femmes sur 130.
Varietœten-Statistik und Anthropologie, cit. p. 484.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
Au total le palmaire grêle manquait chez :
9 sujets sur 102 disséqués par MM. Wood.
178 — 1,400 — Gruber.
106 — 820 — Scbwalbe et Pfltzner.
64 — 260 — l’auteur.
Soit chez 237 sujets sur 2,282 disséqués.
Le petit palmaire n’existerait donc pas en moyenne chez 11, 2 p. 100 des sujets.
Le petit palmaire absent est quelquefois remplacé par une expan¬ sion aponévro tique ou charnue provenant des muscles voisins (cas de Wood, de Macalister, de Friedlowsky, de Gruber).
Anatomie comparée. — Selon le professeur Hartmann « le palmaire grêle manque chez gorille, mais non chez les autres Singes Anthro¬ poïdes ». Il est de fait qu’il était absent chez le fœtus de gorille de Deniker, et les gorilles adultes de Chapman, de Bischoff et de Hep- burn. Mais M. Macalister l’a trouvé dans cet Anthropoïde, et Duvernoy qui a affirmé aussi qu’il n’y existait pas, l’a décrit et figuré « comme une dépendance du cubital antérieur ». D’autre part Tyson n’en a pas fait mention dans le Chimpanzé et M. Deniker ne l’a pas rencontré chez le fœtus de gibbon. Ici encore M. Hartmann a été trop affir¬ matif.
Au dire de Cuvier le palmaire grêle existe dans le plus grand nombi’e des Onguiculés ; dans les espèces où il fait défaut, ce serait par suite de sa fusion avec les muscles sous-jacents. En ce qui concerne les Solipèdes, les Rimiinants, la porc, j’inclinerais plus volontiers à croire avec M. Lesbre qu’il manque d’une manière absolue, car on n’en voit jamais la moindre trace.
Variations morphologiques. — Le petit palmaire peut être :
1. Entièrement tendineux (cas de Columbus, de Wood, de Maca¬ lister, 1 cas personnel) ;
IL Entièrement charnu (cas de Macalister, de Sappey, de Boyer*, 1 cas personneP) ;
III. Renversé, c’est-à-dire tendineux en haut et charnu en bas (cas
* Boyer, p. 282.
' Il n’y a rien de fixe dans les rapports du tendon et du corps charnu.
88 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
de CruveilhierS de Petsche, de Winslow, de Macalister, de Calori, de Gruber, de Tillaux®) ;
IV. Tendineux à sa partie moyenne et charnu à ses deux extrémités (digastrique) (cas de Macalister, de Sappey®).
V. Charnu à sa partie moyenne et tendineux à ses extrémités (fusi¬ forme) (cas de Petsche % de Winslow*, de Poirier®).
Le palmaire grêle fusiforme a ordinairement un tendon plat d’ori¬ gine et un tendon rond de terminaison, mais j’ai trouvé un tendon rond d’origine et un tendon plat de terminaison. Je les ai vus une fois, tous deux ronds et une fois tous deux plats. Quant à la longueur du ventre musculaire intermédiaire elle oscille, d’après M. Macalister, entre deux et sept pouces.
Anatomie comparée. — Le palmaire grêle, qui manque parfois chez les Anthropoïdes et l’homme, est représenté seulement chez le daman^ s’il faut en croire Meckel, par un tendon long et large. Chez \ éléphant disséqué par Miall et Greenwood le long palmaire était large et charnu jusqu’au carpe. Celui du murin est fusiforme (Maisonneuve).
Variations de situation. — Le tendon terminal du petit palmaire traverse assez souvent, à l’avant-bras, à une certaine distance de l’ar¬ ticulation radio-carpienne, le fascia antibrachial et acquiert de la sorte une position plus superficielle (Gegenbaur).
Duplicité et triplicité du muscle. — Sur oOO sujets qu’il a examinés, le professeur Gruber a trouvé o fois des deux côtés et 21 fois d’un seul côté le petit palmaire double. Cette duplicité du petit palmaire a été notée aussi par Meckel, Gunther, ’Wood, Macalister, Tillaux’, Flesh, Reid et Taylor, Pye-Smith, Howse et Davies-Colley, Testut, etc., et par moi. Voici les dispositions qui ont été le plus communément observées :
a) Les deux muscles ont les insertions normales, mais l’externe est plus large que l’interne ;
' Cruveilhier. Anat. deacnpt., t. II, 2® édit., p. 266.
" Tillaux. Soc. anat. de Paris, 1861, p, 40.
’ Sappey. Traité d' anat., t. II, p. 327. Paris, 1869.
^ Petsche. Syllog. muscul. observât, anat. select, de Haller, p. 770. Gottingen, vol. XI.
“ Winslow, p. 193.
' Poirier. Traité d'anat. hum., t. II, 1" fasc., p. 110.
■> Tillaux. Ballet, de la Soc. anat. Paris, 1861, p. 40.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
P) Les deux muscles ont les insertions normales, mais l’interne est fusiforme ;
y) Les deux muscles ont les insertions normales, mais l’interne est renversé ;
o) Le muscle interne a les insertions normales, mais l’externe est fixé à l’apophyse coronoïde du cubitus en haut (cas de Meckel, de Maca- lister) ;
e) L’un des muscles a les insertions normales, mais l’autre est attaché, en haut, sur le tiers inférieur de l’aponévrose antibrachiale seule ou sur l’aponévrose antibrachiale et le grand palmaire ou sur le grand palmaire seul et en bas sur l’abducteur du petit doigt. Gantzer ‘ a donné le nom de m. accessorius ad flexorem carpi radia- lem à un faisceau du petit palmaire qui se porte sur l’abducteur du petit doigt. (Pour détails complémentaires voy. M. abducteur du petit doigt.)
Le professeur Gruber a vu le petit palmaire remplacé par trois muscles distincts ayant les mêmes insertions que le petit palmaire normal, mais dont le moyen était plus faible que les deux autres.
Je ne sache pas que la duplicité du palmaire grêle ait été signalé chez d’autres animaux que dans le koala par Young.
Variations des insertions. — Variations des insertions supérieures. Le petit palmaire peut naître :
Au-dessus de l’épitrochlée, soit de la cloison intermusculaire interne (cas de Macalister), soit du biceps et du brachial antérieur (cas de Calori) ;
Au-dessous de l’épitrochlée, soit des os, soit des muscles de l’avant- bras. C’est ainsi que MeckeP et le pi’ofesseur Macalister l’ont vu pro¬ venir de l’apophyse coronoïde du cubitus, MM. Henle, Macalister, Howse et Colley et moi de la face antérieure du radius avec le fléchis¬ seur superficiel. C’est ainsi encore que Carver®, Wood et le professeur Macalister l’on vu se détacher du fléchisseur superficiel, MM. Fleisch- mann‘ et Macalister du fléchisseur profond, Wood et Macalister du grand palmaire et Friedlowsky du cubital antérieur.
‘ Gantzer. Op. cit., p. 12.
® Meckel. Manuel, d’anat., trad. Jourdan, p. 172.
= Carver. Journ. of anal, and phys., vol. 111, p. 260.
' Fleischmann. Abhandl d. phys. med. soc. in Erlangen, Bd. I, p. 25.
90 VARIATIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE L’HOMME
Yariations des insertions inférieures. — Le palmaire grêle peut s’in¬ sérer inférieurement :
a) Sur l’aponévrose antibrachiale plus ou moins près du poignet (cas de Macalister, 1 cas personnel) ;
P) Sur l’aponévrose palmaire. A l’état normal, en effet, le petit pal¬ maire, quoi qu’en disent divers anatomistes, se fixe à la partie moyenne du ligament antérieur du carpe ;
y) Sur l’aponévrose interosseuse (cas de Koster‘) ;
S) Sur le scaphoïde (cas de Fleischmann, de Winslow, de Jenty^) ;
s) Sur le pisiforme (cas de Gruber, de Macalister, de Testut, 1 cas personnel) ;
i) Sur l’abducteur du pouce (cas de Macalister).
Faisceaux surnuméraires et connexions plus intimes avec les muscles voisins. — Le palmaire grêle peut naître par deux têtes, l’une venant de l’épitrochlée, l’autre de l’apophyse coronoïde du cubitus (cas de Macalister, de Ziegler®) ou l’une, de l’épitrochlée, et l’autre de la tubé¬ rosité bicipitale du radius (cas de Janser^ et de Macalister). Sur une femme que j’ai disséquée, il avait même, à droite et à gauche, trois têtes d’origine : une émanant du grand palmaire, une du cubital anté¬ rieur, une du tiers inférieur du bord interne du cubitus. M. Macalister a vu, des deux côtés, le tendon terminal du long palmaire, inséré sur l’abducteur du pouce, faire suite à deux corps charnus, détachés l’un de l’épitrochlée, l’autre des deux tiers inférieurs du bord interne du cubitus, entre lesquels passait le nerf cubital. Ce dernier vice de conformation du petit palmaire coïncidait avec une absence complète des artères cubitales droite et gauche.
Au lieu d’être bifide ou trifide en haut, le muscle dont il s’agit est parfois bifide ou trifide en bas. Quand il est bifide en bas, sa branche terminale surnuméraire, tendineuse ou charnue, plus ou moins forte et plus ou moins longue, peut se fixer :
a) Sur le ligament annulaire du carpe (cas de Wood) ;
P) Sur l’éminence thénar (cas de Macalister) ;
* Koster. Nederlansch Weckblad wor Geneeskunde, 1856, p. 125.
’ Jenty. Anat.phys. lect, 1757, p. 281.
’ Ziegler. Journ. de méd. de Bordeaux, janvier 1893.
* Janser. Nederlansch laneet, 1850, p. 431.
MUSCLES DE L’AVANT-BRAS
y) Sur l’éminence hypothénar (cas de Sappey de Bertelli% un cas personnel) ;
3) Sur le pisiforme (cas de Souligoux ;
e) Sur le tendon du fléchisseur superficiel de l’index (cas de Testut).
Gruber a noté l’insertion du petit palmaire par trois tendons dis¬ tincts : 1" sur l’aponévrose palmaire ; 2“ sur le pisiforme ; 3“ sur l’abducteur et le court fléchisseur du petit doigt. Le regretté profes¬ seur de l’Université de Saint-Pétersbourg a donné au palmaire grêle qui présente les divers modes de conformation inusités que je viens d’étudier, le nom de « palmaris longus bicaiidatus, palmaris longus tricaudatus ».
Anatomie comparée. — Les muscles pronateurs de l’avant-bras et les muscles fléchisseurs du poignet et des doigts ont pour origine une lame contractile commune que le professeur Humphry‘ a appelée pronato- flexor mass. Dans les Espèces inférieures, dans quelques Batraciens et quelques Reptiles, où la main n’a que des mouvements d’ensemble, l’agent actif de ces mouvements est presque indivis. A mesure que la main se perfectionne, cet agent se segmente davantage et se compose bientôt de deux couches : une couche profonde de laquelle proviennent les fléchisseurs profonds des doigts et le carré pronateur, une couche superficielle, compacte en haut, et partagée inférieurement en trois segments : un segment cubital duquel naît le cubital antérieur, un segment radial duquel naît le rond pronctteur et le grand palmaire, un segment médian duquel naissent le fléchisseur commun superficiel des doigts et le petit palmaire. A son état de complet développement, le petit palmaire se pi-olonge par une aponévrose, d’abord étroite puis étalée en éventail, jusque sur les tendons du fléchisseur commun sous-jacent et par leur intermédiaire sur les phalanges. Il constitue, en un mot, un fléchisseur commun sous-cutané des doigts superposé aux fléchisseurs communs superficiel et profond.
Chez l’homme et les Singes supérieurs, le ligament palmaire, le ligament annulaire du carpe et le petit palmaire étant soudés ensemble, le petit palmaire n’a plus d’action sur les doigts, n’agit plus que sur le carpe et par suite sur la main qu’il attire en avant et en